A l’origine du roman: l’Ombre du Connétable

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Je souhaitais écrire un roman sur le Connétable de Bourbon.  J’étais fasciné par l’itinéraire atypique de ce grand seigneur richissime qui devient le second personnage de l’Etat puis qui trahit son Roi et qui ne cesse ensuite sa descente aux enfers pour finir misérablement ou glorieusement sur les murs de Rome.

Il y avait là comme une parabole ou peut-être même un mythe quand l’on observe le nombre d’auteurs fascinés positivement ou négativement par le personnage ou par sa trajectoire.

Et je me suis alors demandé : pourquoi le Connétable a-t-il revêtu au XIXème siècle les habits du traître dans la plus terrible acception du terme ?

 

Le traitre ?

Certes il s’est retourné contre son Roi. Mais il n’était ni le premier, ni le dernier.  Il y a eu par exemple Louis XI qui, en tant que dauphin, s’est révolté contre son père et est allé se réfugier chez le pire ennemi du roi,  le Duc de Bourgogne. Il y a eu Louis d’Orléans qui avant de devenir Louis XII a mené la guerre folle des barons contre Charles VIII et sa sœur Anne de Beaujeu. François 1er lui-même, soutient la révolte armée (ce qui est une forme de trahison) de Robert de la Mark, prince de Sedan contre Charles Quint. Un des descendants des Bourbon, le Prince de Condé, se révoltera ouvertement contre Louis XIV. Toutes ces frondes se sont toutes plus ou moins appuyées sur les soutiens extérieurs des ennemis de la France.

Or, Bourbon pouvait prétendre servir deux suzerains différents car, s’il devait hommage pour la quasi-totalité de ses domaines, au Roi de France, il devait prêter serment devant l’Empereur en sa qualité de Prince des Dombes. 

La relation féodale entre le vassal et le Suzerain est un lien à double sens: il impose au vassal de servir son Seigneur et, en contrepartie, il impose au Suzerain de protéger son vassal.  Le Connétable a prétendu avoir été spolié par son Suzerain ce qui aurait justifié son changement d’allégeance. Certains auteurs, en général des thuriféraires du Connétable, se sont engouffrés dans cette version pour prétendre que le roi et sa mère en supportaient toute la responsabilité et que face à l’arbitraire royal, le Connétable devait changer de Maître, il devait trahir, d’où certains titres comme “L’honneur de Trahir“…

Ces auteurs n’ont pas suffisamment intégré le fait que la procédure a été conduite devant le Parlement de Paris, une cour Souveraine indépendante du roi et de sa mère. Et l’on peut difficilement taxer ces parlementaires qui n’ont cessé de chercher à limiter le pouvoir royal, de laxisme envers le roi, sa mère ou la Couronne.

 

La question de l’Apanage de Bourbon

D’autre part, le Roi avait des motifs sérieux et légitimes de récupérer les Apanages de Bourbon et d’Auvergne. En effet, tous les derniers rois Valois, échaudés par l’Apanage de Bourgogne, avaient progressivement élaboré une doctrine selon laquelle les Apanages devaient faire retour à la Couronne à défaut d’hoir mâle en ligne directe.

Pour plusieurs raisons rappelées dans le roman, le Connétable de Bourbon, bien que Duc souverain par mariage, n’était pas propriétaire des droits : il n’en était que l’héritier par testament de sa femme, laquelle n’avait pas, selon la Couronne, le droit d’hériter des Apanages. La question posée était donc de savoir si une femme qui n’a pas le droit d’hériter, a le droit de transmettre ces droits ? Question complexe !

Sans attendre la réponse du Parlement, le Roi a fait pression sur ce dernier en décidant de changer de vassal : il a recueilli l’hommage de sa mère, la duchesse d’Angoulême en lieu et place du duc de Bourbon. Cela n’a en rien changé l’analyse du Parlement qui portait sur une question différente : celle du transfert des droits par testament. En revanche ce changement unilatéral de vassal par le Suzerain montrait qu’il existait un vrai problème entre le roi et son vassal qui appelait prompte soumission de ce dernier pour espérer un retour en grâce.

Pour expliquer la défection du Connétable, les thuriféraires disent qu’un procès inique a conduit Bourbon à changer de maître. Les partisans de l’unité de la France s’écrient quant à eux qu’en trahissant, le Connétable a justifié l’attitude de défiance du Roi.

 

Un harcèlement sexuel de Louise de Savoie sur le Connétable ?

Pour appuyer davantage sur la violence qui était faite au Connétable, les thuriféraires ont cherché à souligner l’amour indécent de Louise de Savoie pour ce dernier et un harcèlement qui aurait duré sept ans pour provoquer en définitive sa trahison. Car l’époque est misogyne. On ne pardonne pas à une femme d’exercer le pouvoir encore moins d’être intelligente et d’une pensée autonome. Dans la définition du péché originel, la femme est un objet de désir auquel l’homme doit résister.

Or, aucun des contemporains du Connétable ne parle d’un tel amour. Le secrétaire du Connétable, Marillac, qui présente ses Mémoires, n’en touche pas un mot. Comment imaginer que le Connétable ne se soit pas servi d’un tel argument pour déconsidérer son adversaire si réellement, il avait disposé de ce motif ? 

Les auteurs du XIXème siècle se sont rués sur cette histoire croustillante de telle sorte que l’historiette est devenue l’Histoire. Mais cependant pas pour les historiens spécialistes de l’époque de François 1er pour lesquels la preuve est un élément majeur. Et de preuves de cet amour, il n’y en a guère.

Mais il y a un indice: Louise de Savoie aurait proposé au Connétable de l’épouser. La grande affaire. Doit on aimer pour épouser quelqu’un au seizième siècle ? A l’époque quand il y avait un litige entre de grandes familles, on en sortait soit par un procès devant un Parlement, soit par mariage. Ainsi en est il allé pour le mariage de Suzanne de Bourbon avec Charles III de Bourbon, futur Connétable, entre Marguerite d’Angoulême, soeur de François 1er et le duc d’Alençon, premier prince du sang, et bien d’autres. L’histoire abonde de ces sorties de crise par mariage. Ainsi, l’état de guerre entre l’Angleterre et Louis XII s’est il soldé par le mariage de ce dernier avec la soeur d’Henry VIII, Marie Tudor! De même, François 1er a-t-il épousé Eléonore de Habsbourg, soeur de Charles Quint, après la paix des Dames.

 

Le personnage énigmatique de Louise de Savoie

Et puis, si l’on pousse un peu l’analyse de Louise de Savoie, on s’aperçoit que ce monstre lascif est mère de deux grands esprits de notre histoire : François 1er tenu pour le père des arts et Marguerite de Navarre, grand écrivain du seizième siècle. Cette femme protégeait les humanistes. Elle s’est montrée une régente exceptionnelle et elle a même sauvé la France après Pavie. Elle n’a de pensée que pour ses enfants : « libris et liberis » (des enfants et des livres) est sa devise. Elle parle plusieurs langues dont le latin. Elle s’exprime en vers. Et elle a pour son fils un amour invraisemblable qui ne devrait laisser que peu de place dans son cœur pour d’autres aventures. Il y avait incompatibilité entre ce personnage et l’autre, celui censé expliquer l’itinéraire du Connétable.

Insensiblement je me suis pris  à éprouver davantage d’intérêt pour cette femme qui partait de rien et qui arrivait au sommet. Et je ne pouvais m’empêcher d’observer la trajectoire inverse du Connétable qui, partant du sommet, arrivait au néant.

En poursuivant l’analyse psychologique des personnages, je me suis pris à douter que Louise de Savoie ait eu réellement une aventure avec le Connétable.

Je me suis alors posé la question suivante :  Et si les comportements de Louise de Savoie, du Connétable et du Roi avaient une toute autre explication ?

Et si le ressort de tout n’était pas l’amour entre Louise et le Connétable mais la psychologie, l’amour de François pour sa mère et la pression politique exercée par l’Empire de Charles Quint sur le roi ?

 

A l’origine du roman

J’ai donc créé ce roman, en imaginant sur la base des faits sur lesquels se retrouvent la plupart des historiens quels pouvaient être les ressorts psychologiques qui les sous-tendaient. C’est un roman parce que j’ai imaginé leurs rapports. Mais c’est de l’histoire car j’ai serré au plus près des faits en puisant l’information dans les biographies existantes.  J’ai essayé de me tenir à distance de l’histoire croustillante tout en cherchant à retrouver les faits à l’origine de ces histoires. Et j’ai dû choisir d’éliminer certains faits qui me paraissaient contraires à cette approche, notamment lorsque les faits apparaissaient longtemps après la mort des protagonistes. Lorsque les preuves de l’Histoire faisaient défaut, j’ai romancé pour imaginer les causes des actions des personnages tout en essayant de coller étroitement aux lettres échangées à l’époque entre eux qui constituaient des indices concrets de ces actions.

Je ne dispose bien évidemment d’aucune preuve. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi l’approche romanesque.

Tel quel ce roman exprime donc une subjectivité. Cette subjectivité est nécessairement critiquable pour tous ceux qui ont une opinion différente. Qu’on me laisse le droit de présenter mon opinion et que les discussions s’engagent sur cette base.

   Musée du Louvre Base Joconde   Anonyme - Ecole de Jean Clouet ? Musée du Louvre

François 1er Musée du Louvre Base Joconde  et Charles III – Connétable de Bourbon Anonyme Ecole de Jean Clouet ? Musée du Louvre

 Source: Château de Beauregard ?

Louise de Savoie mère de François 1er Anonyme Château de Beauregard

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Les références bibliographiques utilisées pour rédiger ce roman sont présentées dans l’article de la catégorie Bibliographie.

On lira avec intérêt pour l’itinéraire de Louise de Savoie et du Connétable de Bourbon

1) Louise de Savoie, Régente et “Roi” de France Paule-Henri BORDEAUX PLON 1954

2) Quand les ducs de Bourbon étaient Connétables de France  Jean Charles Varennes FAYARD 1980

3) Charles de Bourbon, Connétable de France Denis Crouzet FAYARD 2003.

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