Caterina Sforza l’indomptable lionne de Forli

Caterina Sforza, fille du duc de Milan Galeazzo Sforza, et comtesse de Forli, laissera dans l’histoire la marque d’un courage exceptionnel. Femme de la Renaissance, libre et cultivée, elle tombera sous les coups de Cesare Borgia appuyé sur l’armée française. Pour de nombreux auteurs, elle fait partie des dix femmes qui ont marqué l’histoire de l’Italie.

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Caterina Sforza[i] naquit à Milan en 1463, des œuvres de Galéas Maria Sforza, duc de Milan.

Galéas Maria Sforza (1444-1476) était le fils de Francesco Sorza (1401-1466), premier duc de Milan de la dynastie Sforza. Le duché s’était offert à ce grand condottiere pour éviter la dislocation provoquée par la précédente république Ambrosienne (voir l’article sur les ducs de Milan).

Galéas Sforza Galerie des Offices

Galéas Sforza Piero dell Pollaiolo Galerie des Offices

Galéas Marie Sforza (duc de 1466 à 1476) était un grand séducteur, qui se plaisait à semer des enfants chez ses maîtresses, puis à les abandonner pour d’autres maîtresses.

Cette attitude ne lui porta pas bonheur puisqu’il fut assassiné par trois hommes de sa garde qui avaient tous des motifs personnels de lui en vouloir et notamment, l’un d’entre eux, Visconti, qui lui reprochait d’avoir pris violemment la virginité de sa sœur.

L’enfance de Caterina Sforza

Le duc avait ainsi jeté les yeux, en 1462, quelques années avant son accession au trône, sur une très belle jeune femme, épouse de l’un de ses officiers, Lucrezia Landriani. Aussitôt le vœu fut il formulé que la belle entrait dans le lit du prince. Et en début d’année suivante, la famille de Giovanni Pier Landriano s’agrandit d’une ravissante petite fille, qui fut dénommée Caterina et que le prince voulut bien élever et éduquer comme si c’eût été sa propre fille.

Lucrezia Landriani Maîtresse de Ludovic Le More et mère de Caterina Sforza Antonio del Pollaiolo  GemaldeGalerie Berlin

Lucrezia Landriani Maîtresse de Galeazzo Sforza et mère de Caterina Sforza Antonio del Pollaiolo GemaldeGalerie Berlin

Le roi Louis XI en France, ayant souhaité se rapprocher de Milan, proposa, alors qu’il n’était encore que dauphin, en 1451 au duc Francesco Sforza de faire épouser sa belle-sœur, treizième enfant de Louis 1er de Savoie, Bonne de Savoie, au prince héritier, Galeazzo Maria Sforza.

Le décès, sans postérité, de sa première épouse, Dorothée Gonzague (1449-1467) libère le duc, qui peut épouser, le  7 juillet 1467, Bonne de Savoie, une jeune fille de dix-huit ans qui apporte, dans la corbeille de mariage, l’alliance avec la France. Un fils, Jean Galeas Sforza vient couronner cette union en 1469.

Caterina Sforza reçut la meilleure éducation possible de la Renaissance avec les meilleurs maîtres de la brillante cour de Milan, l’une des plus fastueuses d’Europe. .Ces maîtres furent placés, à partir de 1467 sous l’autorité de la duchesse  Bonne de Savoie, qui sut aimer Caterina comme sa propre fille et l’élever avec ses propres enfants.  Sans doute les maîtres ou la duchesse Bonne, réussirent-ils leur projet éducatif car leur élève, à peine âgée de huit ans, inspira au duc le souhait de la légitimer.

Peut-être cette légitimation lui fut-elle également inspirée par le souhait de lui confier un rôle dans la politique extérieure de Milan ?

Promise au seigneur d’Imola : Guidazzo Manfredi

Justement, le duc de Milan regardait à cette époque la petite mais riche principauté souveraine d’Imola, située en Romagne, à trente milles au sud de Bologne. Les bruits de la querelle entre le seigneur d’Imola, Tadeo Manfredi et son fils, Guidazzo, qui reprochait à son père ses dettes excessives, étaient revenus à Milan. Galeazzo vint proposer de marier Guidazzo et Caterina et de régler ses dettes, à la condition que le vieux Tadeo se retire d’Imola pour laisser la place à son fils qui pourrait épouser Caterina lorsqu’elle serait nubile.

La principauté d’Imola passa sous le contrôle du duc de Milan, tandis que son fils s’installait comme courtisan à Milan. Car la petite Caterina, malgré ses huit ans, n’était pas du tout désireuse, maintenant qu’elle avait acquis le statut de princesse, d’épouser un homme aussi mince que Guidazzo.

Sur ces entrefaites, Laurent de Médicis invita à Florence, en 1469, le duc de Milan et sa famille, aux fêtes de son intronisation à Florence, en remplacement de son père.

Une fête chez les Medicis

Pour étonner ses contemporains, le duc se déplaça avec une suite de deux mille personnes toutes montées sur des mules caparaçonnées aux armes des Sforza : les litières étaient recouvertes de satin et de brocards brodés au fil d’or ou d’argent. Tous les grands dignitaires du duché l’escortaient ainsi que tous les membres de son Conseil, chacun d’entre eux accompagné d’une suite nombreuse et très richement montée et vêtue

Tous les membres de la maison ducale étaient habillés de velours, l’étoffe la plus chère de l’époque. Quarante piétons portant chacun un gros collier d’or escortaient la famille ducale et quarante autres étaient habillés d’habits brodés ou de dentelle. Les serviteurs du duc étaient tous habillés de vêtements de soie, et ils portaient des décorations en argent.

Il y avait cinquante chevaux portant des tentes brodées au fil d’or, dont les étriers étaient dorés. Une centaine d’hommes en arme suivaient, « chacun équipé et monté comme s’il était capitaine », cinq cents soldats à pied, tous triés sur le volet, une centaine de mules couverts de tissus d’or, et cinquante pages magnifiquement équipés. Deux mille autres chevaux et deux cents mules supplémentaires, tous couverts de riches damas, étaient affectées aux bagages de cette multitude.

Cinq cents couples de chiens suivaient, avec les chasseurs, des faucons et des fauconniers à proportion, avec les trompettes, les acteurs, les mimes et les musiciens, qui accompagnaient le monstrueux cortège.

Le duc et sa famille arrivèrent à Florence le 13 mars 1469 et ils furent reçus par Laurent dans sa propre maison, pendant que le reste de l’escorte, allait planter ses tentes en bordure de la ville.

Malgré la munificence du duc de Milan, ses hôtes durent convenir qu’ils étaient écrasés par le luxe déployé par Laurent de Médicis. Ils déclarèrent plus tard qu’ils n’avaient jamais rencontré une telle accumulation de peintures des plus grands maîtres, de gemmes, de vases magnifiques, de sculptures antiques et modernes, de bronzes, de médailles et de livres rares.

Laurent de Medicis le Magnifique Girolamo Macchietti Galerie des Offices

Laurent de Medicis le Magnifique Girolamo Macchietti Galerie des Offices

Un zoo magnifique avait été réuni sur la place Santa-Croce, où tout Florence pouvait venir les admirer. La compagnie fut invitée à des spectacles de type religieux, selon l’air du temps : une représentation de l’Annonciation à l’église San Felice et la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, à l’église Santo-Spirito.

Puis,  une « giostra » fut organisée sur la grande place de Florence :  une joute où les chevaliers s’affrontèrent en deux camps et où triompha Laurent de Médicis.

La petite Catherina devait garder de ce déplacement un souvenir émerveillé.

Le contrat de mariage avec le neveu de Sixte IV: Girolamo Riario

A Rome, le pape Paul II, Pietro Barbo, dont le pontificat avait débuté en 1464, mourut le 25 juillet 1471. Il fut remplacé par le cardinal Francesco della Rovere, qui, après avoir été Général des franciscains,  régna sous le nom de Sixte IV (du 9 août 1471 au 12 août 1484).

Le nouveau Pape avait pas moins de neuf neveux : cinq étaient les fils de ses trois frères et quatre de ses trois sœurs. Sa sœur aînée avait eu deux fils, Girolamo et Pietro Riario qui prirent une telle importance pour le Pape que plusieurs chroniqueurs les lui attribuèrent pour fils. Le plus âgé des neveux, Julien della Rovere, fut nommé cardinal et devait s’illustrer comme Pape, sous le nom de Jules II.

Pierre Riario était, à l’âge de trente-six ans, comme son oncle, moine franciscain lorsque Sixte IV fut élevé au trône de Saint-Pierre. En peu de temps, il fut élevé Evêque de Trévise, Cardinal Archevêque de Séville, Patriarche de Constantinople, Archevêque de Valence, et archevêque de Florence.

Les revenus de ce moine modeste augmentèrent alors dans de telles proportions que la rumeur lui attribua des revenus équivalents à la somme de ses collègues réunis du Sacré Collège.

Girolamo, son frère, était laïc. Il fut immédiatement intronisé sans en avoir mérité la promotion, capitaine général des troupes pontificales et gouverneur du château Saint-Ange.

Les nouvelles des promotions des deux frères Riario, produisirent une forte sensation à Milan. Le cardinal Riario, avec son niveau de vie fastueux était bien fait pour séduire Galeazzo, un homme un peu arriviste dont la fortune à la tête de Milan n’avait encore qu’une petite vingtaine d’années. Le cardinal fit les premières ouvertures et il fut bientôt invité à Milan.

Le cardinal, suivi d’un cortège fastueux, arriva à Milan le 12 septembre 1473. Le duc vint accueillir le cardinal aux portes de la ville et lui fit un merveilleux accueil. De longs conciliabules avec le cardinal se tinrent dans les chambres privées du duc. Le cardinal était venu proposer au duc de Milan la grande stratégie du Pape visant à favoriser l’union des grandes principautés d’Italie (Venise, Milan, Florence, la Papauté et Naples) pour mieux résister aux puissances continentales qui voudraient envahir l’Italie. Le Pape cherchait en effet à développer au centre de l’Italie les domaines du Vatican et à se protéger des entreprises du Saint Empire Romain Germanique par un glacis de républiques amies.

En contrepartie se discutèrent également un projet d’union entre Catherine Sforza et Girolamo Riario, dans lequel la fille du duc de Milan serait dotée par son père du comté d’Imola qui passerait ainsi sous le nez du pauvre Guidazzo et d’une somme de soixante mille ducats. Le Pape offrirait lui, à Riario, quarante mille ducats et de « fortes espérances » de promotion.

Gerome Riario

Fresque de Melozzo da Forli : Nomination par Sixte IV de Platina comme Préfet de la Bibliothèque vaticane. Girolamo Riario est le  deuxième Personnage à partir de la gauche Pinacothèque Vaticane 

Puis le fastueux cardinal poursuivit sa route pour Venise où il trouva la mort l’année suivante. Mais le duc reçut toutes assurances de Rome, que la mort du Cardinal Riario ne changerait rien aux projets de mariage avec Caterina dès que celle-ci aurait atteint quatorze ans, en 1477.

Cependant, le jour de la Saint Stéphane du mois de décembre 1476, le duc de Milan, Galeazzo Maria Sforza fut assassiné à la porte de la cathédrale. Sa veuve, Bonne de Savoie, accepterait-elle d’honorer les promesses de son époux pour une fille qui n’était pas de son propre sang ?

Car Bonne de Savoie était devenue régente du duché pour le compte de son fils, âgé de sept ans, Gian Galeazzo Sforza (1469-1494).

 Le mariage de Caterina Sforza

Sixte IV lui envoya alors promptement le cardinal Mellini pour appeler à la contractualisation rapide du mariage. Bien que Bonne de Savoie fût entourée de mille difficultés pour préserver les droits de son fils à hériter du duché et pour le protéger de la rapacité de ses oncles, elle décida que les volontés du défunt s’imposeraient à elle : Caterina fut donc mariée par procuration à Girolamo Riario à la fin mai 1477. La cérémonie resta discrète dans les chambres privées du palais ducal et Caterina fut expédiée promptement à Rome où elle arriva fin mai 1477.

A Rome, la beauté de la jeune Caterina fit sensation. Girolamo Riario vint l’accueillir à la porte del Popolo [ii] et la conduisit, dans une joyeuse cavalcade jusqu’à leur résidence princière de la Lungara, près du Tibre (aujourd’hui le palais Corsini).

Dans ce magnifique palais des bords du Tibre, Caterina passa les quatre années les plus brillantes et les plus prospères (les plus heureuses ?) de toute sa vie.

Caterina Sforza Portrait (Medicis) Lorenzo di Credi, Museo Civico de Forlì

Caterina Sforza Portrait (Medicis) Lorenzo di Credi Pinacoteca Civica “Melozzo degli Ambrogi” Forli

Elle devint rapidement la favorite de son oncle le pape Sixte IV et elle eut tout Rome à ses pieds. Elle devint la cible de tous ceux qui voulaient obtenir une promotion, une nomination, un avantage, qui vinrent faire le siège de son palais. Les princes d’Italie qui voulaient faire passer un message secret au Saint-Père passaient par elle. Les chroniqueurs s’extasient sur la prudence marquée par Caterina dans la conduite de ces affaires, sa discrétion et sa modération.

Le 4 septembre 1480, le Pape offrit à son neveu l’investiture de la cité et du comté de Forli. Cette ville, l’une des plus importantes de la Romagne, était située à seize milles au sud-est du comté d’Imola, dont Girolamo avait été investi, par son mariage avec Caterina. Elle était située dans la même région particulièrement fertile, qu’Imola. Les précédents propriétaires, les Ordelaffi, avaient été déchus par le Pape Sixte IV de leur droit d’héritage par suite des nombreux meurtres et empoisonnements pratiqués les uns sur les autres. Le Pape avait alors fait main basse sur Forli qu’il avait attribuée à son neveu.

Sixte IV Musée du Louvre

Sixte IV Musée du Louvre

Jusqu’à présent, tout avait souri au neveu du Pape, arriviste et né dans la pauvreté. Il était devenu l’époux d’une des plus belles femmes d’Italie qui lui avait apporté le comté d’Imola. Il était riche et occupait un rang important au Vatican qu’il devait moins à ses compétences qu’aux faveurs de son oncle.  Cependant quelques nuages commençaient à s’amonceler au-dessus de lui.

Deux ans plus tôt, il avait prêté l’oreille à la conjuration lancée par Jacopo de Pazzi, dont il était devenu l’un des familiers. En contrepartie du soutien du Pape à cette conjuration, il devait obtenir pour lui-même, la ville de Faenza qui serait détachée de Florence. On connaît la suite (pour en savoir plus, voir l’article Les Medicis: une banque pour un trône sur ce même Blog).

La mort de Julien de Médicis et l’échec de la conspiration fut l’occasion pour Laurent, de sanglantes représailles. Tous les membres de la conjuration et leurs alliés furent systématiquement débusqués et mis à mort. Le Cardinal de Pise, le neveu de Girolamo, dont la présence avait été utilisée par les conjurés pour fixer les Médicis à la Cathédrale, fut d’abord emprisonné puis pendu. Une guerre de deux longues années en résulta entre le Pape et Florence. Seul, Girolamo Riario échappa un temps au sort que lui avait réservé Laurent.

Caterina était-elle informée de la participation de son époux à la conjuration des Pazzi ? Il est probable que non, compte tenu du nécessaire secret de cette conspiration et des liens que Caterina avait conservés avec Milan.

En quatre ans, Caterina offrit trois enfants à son époux : la première, Bianca, naquit en mars 1478, puis vint Ottaviano, un garçon, le 1er septembre 1479 et enfin un second fils, Cesare, le 24 août 1480.

Un déplacement à Imola et à Forli

Pendant l’été 1481, pour la première fois, Caterina et son époux purent rendre visite à leurs possessions de Forli et d’Imola.

Il ne s’agissait pas d’une mince affaire que d’organiser un voyage de plus de 200 milles à cette époque, de Rome à Forli (près de Ravenne). Car Girolamo prévoyait d’emmener dans ses villes tout son train de vie à Rome : sa famille, ses bagages, ses serviteurs, ses chevaux, ses bijoux, ses armes, ses tissus, son mobilier. Et Girolamo était un homme riche, peut-être le plus riche de son époque car il avait hérité des énormes richesses accumulées par son frère.

Le départ de Girolamo et de son épouse alimenta de nombreuses discussions à Rome sur l’état de santé supposé du pontife. Peut-être fut-ce la motivation de Girolamo ?

Toujours est-il que les habitants de Forli et d’Imola furent très impressionnés de l’arrivée de très nombreux convois successifs transportant les biens du comte et de la comtesse et leurs très nombreux serviteurs. Caterina et Girolamo arrivèrent à Forli le 15 juillet 1481

Ils avaient décidé de conquérir leurs sujets. Ils firent leur grande entrée à Forli à cheval, en habits princiers. Caterina avait revêtu sa plus magnifique robe de gala, et elle portait ses plus beaux bijoux de perles et de diamants. Son élégance, la distinction de ses manières et son exquise beauté lui conquirent immédiatement tous les cœurs.

Girolamo, qui souhaitait faire la meilleure impression, s’était fait accompagner de plusieurs nobles romains parmi lesquels on comptait un Colonna, deux princes Orsini et un grand nombres de patriciens des plus anciennes familles de Rome.

Dès leur arrivée à Forli, les seigneurs lancèrent une série de travaux pour améliorer l’agrément de la ville : achèvement de la forteresse, extension et aménagement du palais urbain, aménagement de la place centrale de Forli et construction de nouveaux édifices, pavage des rues, etc…

Un peu moins d’un mois plus tard, le jeune couple fut accueilli à Imola le 12 août 1481 où il fit sa grande entrée comme à Forli, avec le même succès. Ils restèrent un peu moins de trois semaines à Imola, puis ils partirent pour Venise, à la demande du Pape Sixte IV. Le Pape souhaitait s’entendre avec Venise pour que Girolamo s’empare de Ferrare, en profitant de la querelle existante entre Venise et Ferrare.

Girolamo et Caterina furent reçus à Venise comme des princes régnants. Toute la noblesse de Venise s’était donné rendez-vous. Quarante gentilshommes les avaient accueillis à Malamocco et le sénat tout entier s’était rendu avec le doge Mocenigo sur le Bucentaure avec cent quinze nobles dames pour escorter la comtesse Caterina.

Giuseppe Bernardino Bison Le Départ du Bucentaure vers le Lido de Venise, le jour de l'Ascension

Giuseppe Bernardino Bison
Le Départ du Bucentaure vers le Lido de Venise, le jour de l’Ascension Collection privée

Ces honneurs étaient réservés à l’envoyé du Pape. Ils étaient aussi le résultat de la curiosité dans laquelle on tenait Caterina Sforza dont le bruit de la beauté s’était répandu dans toute la péninsule.

Le jeune couple revint à Imola le 23 septembre sans avoir obtenu de résultat concret à sa mission. Ils y découvrent un complot tramé par les Ordelaffi, les anciens princes régnants de Forli, visant à assassiner Girolamo. Le complot était semble-t-il ourdi depuis Florence par Laurent de Médicis. Le 14 octobre 1481, le couple était de retour à Rome.

Dernières années à Rome

Le résultat de cette politique conduite par le Pape, visant à accroître la puissance territoriale de sa famille, fut l’instauration d’un désordre dans toute l’Italie centrale. La guerre contre Florence et la remise en cause du duc à Ferrare firent que ce dernier fut appelé à Florence pour prendre la tête des armées de la République. Le roi de Naples envoya son fils Alfonse à la tête des troupes napolitaines pour aller secourir le duc de Ferrare. Le Pape envoya alors Girolamo à la tête des troupes pontificales à la frontière avec le royaume de Naples.

Dubitatif sur les capacités guerrières de son neveu, il jugea bon de lui expédier en renfort le célèbre condottiere Malatesta à la tête de troupes vénitiennes. Le 21 août 1482, les forces coalisées rencontrèrent les troupes napolitaines auxquelles ils infligèrent une cuisante défaite. Girolamo marcha en triomphateur dans Rome en faisant défiler devant son épouse le cortège des prisonniers de guerre. Caterina avait peu de motifs de se réjouir de cette victoire car elle venait d’apprendre la nouvelle que Forli était assiégée par des alliés du duc de Ferrare.

De son côté, la ville éternelle était en proie à une cruelle disette et prête à se soulever. Les troupes papales qui auraient été bien utiles pour contenir les soulèvements multiples des régions, instigués par Laurent de Médicis, furent obligées de rester dans Rome pour contenir d’éventuels soulèvements populaires. Et le Pape était loin de se réjouir des performances de son neveu à la tête du château Saint-Ange. Car le 25 juillet 1483, alors que Girolamo était en train de perdre de fortes sommes aux cartes dans le jardin à l’arrière du château après un souper bien arrosé, un prisonnier de marque, le seigneur Mariano, de la célèbre famille Savelli, parvint à s’échapper.

Château Saint ange par Gaspar Van Wittel

Château Saint ange par Gaspar Van Wittel Palazzo Pitti ?

Après avoir semé le désordre en Italie centrale, le Pape réussit à semer la discorde dans Rome. Il s’était en effet fâché avec le Protonotaire Colonna. Une expédition fut décidée entre la faction des Orsini et Girolamo contre le Palais Colonna qui fut forcé et pillé et tous les biens de ce magnifique palais, dispersés. Le protonotaire fut traîné dans les rues et conduit au château Saint-Ange où il fut mis à la torture par Girolamo avec mille raffinements de cruauté. Il mourut au milieu de ses tortures.

Le retour à Forli

Peu de temps après, le pape Sixte IV, mourrait à son tour le 12 août 1484.

Pendant que son mari, abattu par la disparition de son mentor et protecteur de tant d’années, courait se mettre à l’abri, hors de la cité, à la tête des troupes pontificales, Caterina, quant à elle, restée seule, réagissait vivement. Elle courut mettre à l’abri sa famille et ses serviteurs au Château Saint-Ange, dont elle prit possession au nom de son mari, pendant que la ville était livrée au pillage. Quand Girolamo revint deux jours plus tard à Rome, ce fut pour trouver son palais à l’état de ruine et la ville en train de piller méthodiquement tous les biens des anciens familiers du pape défunt.

Ceux qui s’en étaient pris à son palais furent déconfits d’y rien trouver et pour cause : Girolamo avait tout déménagé trois ans plus tôt. Ils s’en prirent alors, de rage, à tout ce qui pouvait avoir de la valeur en enlevant blocs de marbre, sculptures et décorations extérieures. Tout ce qui ne put être enlevé fut détruit ou brûlé, y compris les arbres du jardin. De là ils allèrent à une de ses propriétés agricoles en dehors de Rome et y saccagèrent tout, tuant indistinctement veaux, vaches, cochons et autres oies et canards.

Le 22 août, le Sacré Collège réussit à calmer les désordres et pria Girolamo de lui remettre le Château Saint-Ange avant trois jours. Pendant ce temps, la comtesse ne resta pas inactive : elle fit entrer dans le château cent cinquante hommes d’armes. Le Sacré-Collège qui avait sans doute espéré prendre en otages la famille de Riario et sa femme accepta finalement de mauvaise grâce que le couple, remette comme prévu les clefs du château le 25 août et  soit autorisé à sortir de Rome avec sa garde de cent cinquante hommes.

Le 29 août, ils apprirent en chemin avec beaucoup de soulagement que le Cardinal Cybo avait été élu Pape sous le nom d’Innocent VIII. La carrière du Cardinal Cybo avait été largement facilitée et encouragée par les Riario et leur famille. Arrivés à Forli le 4 septembre, ils reçurent rapidement confirmation de l’investiture de Girolamo aux principautés de Forli et Imola et du maintien de sa « condotta » de Capitaine Général des Forces pontificales.

Les habitants de Forli ne furent pas particulièrement charmés de l’arrivée du couple seigneurial car il y avait une profonde différence entre le favori tout puissant du Pape, en mesure de canaliser vers Forli une partie des énormes revenus de Rome et un seigneur de Forli qui devrait vivre principalement des revenus de sa cité.

La situation de Forli n’était pas simple sur le plan extérieur : Florence restait l’ennemie mortelle du comte qui pouvait tout craindre d’Hercule d’Este, duc de Ferrare qu’il avait cherché à évincer et même de Venise, qui, avec la mort du Pape, s’était maintenant alliée avec ses anciens ennemis.

Il lui fallait donc renforcer les défenses de Forli d’autant que la ville, en pleine crise économique par la guerre en Italie centrale avait besoin d’être redynamisée économiquement.

Il suspendit les taxes sur la viande, en même temps qu’il fit réparer la cathédrale et achever la forteresse de Ravaldino. Le palais s’agrandit en surfaces et en confort avec de beaux espaces de vie, des entrepôts et d’amples prisons. Il fit bâtir un cloitre franciscain.

Pendant ce temps, Caterina présenta à son mari trois nouveaux enfants, Giorgio Livio, né le 30 octobre 1484, Galéazzo, le 18 décembre 1485 et le dernier, Francesco, le 17 août 1487.

Ses dépenses laissèrent Girolamo, qui avait vécu les treize précédentes années de sa vie sans compter, les poches toujours pleines, dans un dénuement presque complet. Il dut se résoudre à rétablir la taxe sur la viande ce qui fut la source de murmures, disproportionnés avec la joie précédente de l’avoir suspendue.

Il s’aliéna les agriculteurs de cette riche région alluvionnaire en imposant des taxes sur le sel, sur la viande et sur les céréales. Les difficultés auxquelles Girolamo dut faire face furent plus que partagées par Caterina qui, par sa joie de vivre et son caractère trempé, soutint son mari dans toutes ses décisions.

En mars 1487, Caterina partit visiter ses parents et proches à Milan laissant son mari à Imola. Elle revint précipitamment car Girolamo était tombé brutalement malade. Elle jugea rapidement qu’il n’était pas soigné correctement et elle fit venir de Milan les meilleurs médecins. Elle resta à son chevet et eut la satisfaction de le voir recouvrer lentement ses forces.

Première conspiration à Forli

Mais des nouvelles alarmantes arrivèrent bientôt de Forli. Le fidèle châtelain de Forli, Tolendino, vint à mourir prématurément, et un certain Melchior Zocchejo de Savone, un ancien corsaire, fut désigné pour le remplacer. Le vieux Sénéchal du Palais, un fidèle de Girolamo, Innozenzio Codronchi, vint rencontrer quotidiennement Zocchejo à la forteresse pour le défier aux échecs. Un jour, il arriva avec quatre spadassins déguisés en valets et ils occirent brutalement Zocchejo. Depuis lors, le sénéchal était resté retranché dans la forteresse de Ravaldino. On put craindre à cette nouvelle que cette série d’évènements n’était à mettre au crédit des Ordelaffi, auquel cas, Forli serait irrémédiablement perdue.

La nouvelle parvint à Caterina au milieu de la nuit. Malgré son état de grossesse très avancé, elle enfourcha immédiatement un cheval et se rendit à Forli où elle vint exiger de Codronchi des explications. Du haut de la forteresse ce dernier lui indiqua que ce n’était pas lui qui était à craindre, mais Zocchejo qu’il avait fait assassiner. Il invita Caterina à se reposer et à le rejoindre au petit matin avec le déjeuner. Cette invitation était étrange et provocatrice de la part d’un serviteur ! Craignait-il pour sa vie ?

Caterina obtempéra et revint au petit matin avec de quoi préparer un excellent déjeuner. Mais elle trouva porte close à la forteresse où on lui fit dire qu’elle ne pourrait entrer, qu’accompagnée d’un seul serviteur. Cette nouvelle et insolente exigence demandait à être réfléchie car, si les Ordelaffi étaient derrière cette affaire, la vie de la comtesse ne tenait qu’à un fil ! Malgré les conseils de ses proches, Caterina obtempéra et entra dans la forteresse, suivie du seul Tommaso Feo, un de ses proches. Codronchi lui remit immédiatement le commandement de la forteresse, qui fut laissée à Tommaso, tandis que lui-même et la comtesse se rendaient à la Maison de ville de Forli où les attendait une foule de citoyens curieux de recevoir des explications sur ces évènements extraordinaires.

En quelques mots inintelligibles, Caterina expliqua qu’elle avait perdu le contrôle de la forteresse mais que celui-ci lui avait été rendu par Codronchi. Ils repartirent vers Imola où la comtesse accoucha le jour suivant leur retour, de son sixième enfant.

Girolamo se remit péniblement de sa maladie et le couple put retourner à Forli. Le comte était alors dans l’incapacité de payer ses troupes et il devait des arrérages de solde importants à un certain Checco d’Orsi, à qui il concéda la ferme de la taxe sur la viande. Mais d’Orsi représenta au comte que la situation économique était telle qu’il était raisonnable de surseoir au paiement des sommes dues. Ce que Girolamo refusa d’accepter : il fit emprisonner Orsi quelques temps.

L’assassinat de Girolamo Riario

Le 14 avril 1488, aux heures habituelles des grandes audiences, alors que la comtesse s’était retirée dans ses appartements, Checco, accompagné de deux complices, Giacomo Ronchi et Ludovico Pansecco, entra dans le Palais et trouva le comte accoudé à la fenêtre donnant sur la place, en discussion avec le Chancelier. Girolamo  l’accueillit avec bienveillance en levant le bras et Checco le poignarda de deux coups, mortels.

A vingt-cinq ans, Caterina Sforza, mère de six enfants, devenait veuve.

Pendant qu’un serviteur affolé courait prévenir sa maîtresse, les trois assassins tinrent un rapide conciliabule puis ouvrirent toutes grandes les fenêtres du palais en criant : « Liberté, Liberté, le tyran est mort, Forli a récupéré sa liberté ». Rapidement, la foule de Forli enchaîna et reprit ces slogans à tue-tête. La garde du palais, se joignit à la multitude, tandis que le frère de Checco, Ludovico d’Orsi, un sénateur de Rome, vint sur la place exciter la populace et en prendre le contrôle.

Mais le Chancelier, par un autre passage avait vite rejoint la comtesse qui se trouvait dans ses appartements ayant rassemblé tous ses enfants et leurs nurses. Elle réagit avec promptitude. Elle ordonna à Ludovico de se rendre immédiatement à la forteresse pour enjoindre à Tommaso Feo de se barricader et expédier immédiatement des demandes de secours à son frère Gian Galeazzo, duc de Milan et au seigneur Bentivoglio de Bologne, l’ami de son époux.

Ludovico eut à peine le temps de sortir par une porte qu’entrait par une autre Checco, suivi d’une demi-douzaine de spadassins, qu’il plaça à toutes les sorties du palais. Checco fit sortir les femmes et les enfants de leurs chambres et il les fit conduire, comme des prisonniers, sous bonne garde au palais Orsi au milieu de la foule.

Les Orsi se voyaient naturellement prendre la place de Girolamo Riario. Comme première mesure, ils proposèrent aux citoyens de faire adouber leur coup de main par l’Eglise. Ils adressèrent donc une députation au cardinal Savelli, à Cesena, une ville à douze milles au sud de Forli. Le cardinal, qui connaissait les liens entre le Pape et les Riario, refusa d’abord de cautionner le meurtre de Girolamo. Il accepta néanmoins de se rendre à Forli pour offrir ses bons offices.

Il proposa à Caterina qui accepta tout plutôt que de rester dans la maison des meurtriers de son époux, d’être remise à la garde de citoyens de Forli dans une prison de la ville où elle fut placée dans le cours de la nuit suivante.

Le jour suivant, le cardinal et les frères Orsi vinrent sommer Tommaso Feo de leur remettre la forteresse de Rivaldino. Sur son refus, ils sortirent Caterina de sa prison et lui intimèrent d’ordonner à Tommaso de leur livrer la forteresse. Mais Caterina et Tommaso devaient avoir des signes secrets d’intelligence car elle eut beau supplier le gouverneur d’avoir pitié de ses enfants, ce fut peine perdue, il resta inflexible.

La nuit suivante, le cardinal Savelli suggéra que l’on mît face à face, Caterina et Tommaso pour que cette dernière donne l’ordre de rendre la forteresse. La comtesse déclara à haute voix qu’elle était certaine d’arriver à convaincre le gouverneur, pour peu qu’elle puisse le rencontrer en privé. Les Orsi et leurs partisans étaient partagés et répugnaient plutôt à se séparer d’un otage de cette valeur. Elle leur fit alors la remarque qu’ils détenaient en otages tous ses proches et ses enfants, un argument qui fit tomber les dernières préventions.

Caterina reçut alors la permission d’entrer dans la forteresse, sur sa promesse formelle que sa démarche fût ou non couronnée de succès, elle sortît au bout de trois heures.

Au terme du délai, Feo apparut et indiqua qu’il avait placé sa maîtresse au repos et que celle-ci dormait à présent. Il verrait plus tard ce qu’il conviendrait de faire [iii].

Celui qui parut immédiatement le plus furieux à entendre ces mots, fut le cardinal Savelli qui vit bien qu’il avait été joué. Mais les Orsi éclatèrent bientôt en imprécations diverses. Ils envoyèrent des hommes pour chercher les enfants de la comtesse à la prison. Ils firent appeler à nouveau Caterina et menacèrent d’exécuter les enfants si cette dernière ne se rendait pas.

Le gouverneur leur répliqua que Caterina était la sœur du puissant duc de Milan et qu’un meurtre aussi odieux recevrait de terribles conséquences tant pour les Orsi que pour toute la ville de Forli.

Sur cette irrésolution, le père de famille des Orsi, un homme âgé de quatre-vingt-cinq ans, revint à Forli qu’il avait quittée avant les évènements. C’était un révolté « professionnel » qui avait participé précédemment à pas moins de sept conjurations à Forli. Il traita ses enfants de fous de n’avoir pas éliminé en même temps que le chef de famille, tous les membres de cette famille, femmes et enfants. Il décida que la première chose à faire était d’expédier un courrier au Vatican pour requérir de l’aide du Saint-Père et de s’armer en défense.

Le 18 avril, un héraut parvint à Forli de la part du seigneur Bentivoglio de Bologne qui priait la ville de reconnaître l’autorité d’Ottaviano comme comte de Forli et de libérer la comtesse Caterina. Ces arguments commencèrent à déstabiliser certains des citoyens de Forli qui en reconnurent la justesse. Puis l’envoyé des Orsi à Florence revint avec un message laconique de Laurent de Médicis qui indiquait que sa haine était morte avec la mort de Girolamo et qu’il n’entendait nullement se mêler de cette histoire.

Puis Savelli reçut un message du duc de Milan, lequel s’étonnait de la part prise par le Cardinal dans les récents évènements alors que le Pontife ne paraissait même pas informé des mêmes évènements. Il priait en conséquence instamment le cardinal de revenir à ses propres affaires en quittant Forli.

Le Pape, en recevant toutes ces nouvelles, décida de suivre l’exemple de Laurent de Médicis et de n’accorder aucun secours aux révoltés de Forli qui furent seuls, le 29 avril quand ils virent arriver les forces Milanaises et Bolognaises qui entreprirent de circonscrire la ville.

Les Orsi virent alors que la partie était perdue et ils choisirent de quitter secrètement la ville, la nuit suivante. Au matin du 30 avril, Caterina put voir à la porte de la forteresse ses six enfants que les citoyens de la ville avaient libérés sur l’intercession de Savelli.

En punition de sa révolte, Forli pouvait être livrée au sac et au pillage suivant toutes les lois féodales de l’époque. Mais Caterina s’interposa et ne voulut retenir le souvenir que des citoyens fidèles et elle ne permit l’entrée que de quelques soldats ce qui préserva Forli du pillage.

Cette insigne faveur lui attira la soumission du peuple qui approuva l’érection d’Ottaviano comme comte de Forli et de Caterina comme régente.

On retrouva dans la ville trois Orsi qui n’étaient pas partis, dont le patriarche. Ils furent promptement pendus.

Le deuxième époux de Caterina: Giacomo Feo

Une jeune veuve de vingt-six ans, belle et riche était une proie tentante. Les bruits les plus divers coururent sur Caterina mais cette dernière refusa absolument les maris qu’on lui proposa. Elle avait acquis son indépendance et entendait la conserver.

Les circonstances de la mort de Girolamo et de la libération de Caterina avaient créé un lien avec Tommaso qui paraissait devoir se conclure en un mariage attendu.

Mais Tommaso Feo, originaire de Savone, la ville de naissance de son époux, Girolamo, avait un jeune frère, Giacomo, à peine âgé de vingt ans, cavalier accompli, excellent en toutes sortes de jeux virils, beau, grand, séduisant.

Il remplaça bientôt, pendant l’été 1490, dans le gouvernement de la forteresse, son frère aîné, qui fut remercié et qui repartit à Savone. Puis, Giacomo épousa secrètement Caterina Sforza. Secrètement car il s’agissait pour cette dernière d’une particulière mésalliance et aussi parce que ce mariage pouvait lui enlever la garde de ses enfants.

Puis les affaires publiques redevinrent ce qu’elles étaient avant la mort de Girolamo : de conspiration en conspiration des Ordelaffi, régulièrement détectées grâce à la prudence de la jeune comtesse.  Pour restaurer les finances de la ville, la comtesse crut avoir trouvé la poule aux œufs d’or en imposant des taxes à l’entrée et à la sortie du territoire. Mais les résultats ne furent pas à la hauteur des espérances : le trafic contourna simplement les nouvelles barrières douanières. Caterina comprit son erreur et les retira.

Bientôt un autre sujet de préoccupation requit son intervention : la banque d’un juif, prêteur, ayant été saccagée au moment des émeutes, ce dernier avait quitté la ville. Elle offrit à un juif de Bologne de reprendre l’affaire abandonnée. Celui-ci accepta sous condition solidaire, de la ville et de la comtesse, d’indemnisation des pertes en cas de révolte ou de pillage. Ce qui permit aussitôt de rétablir les petits prêts à la consommation, indispensables pour faire tourner l’économie.

Le Pape Innocent VIII mourut le 25 juillet 1492. Son remplaçant, fut le Cardinal Borgia, élu le 11 août 1492. Il se trouvait que le cardinal Borgia avait été l’un des partisans des Riario de la première heure. Il avait même porté Ottaviano sur les fonts baptismaux. Il accueillit avec faveur les protestations d’amitié que lui fit la jeune comtesse depuis chacune de ses villes, Imola et Forli. On apprit la disparition la même année de l’homme fort de Florence, Laurent le Magnifique et son remplacement par un jeune homme qui ne paraissait pas à la hauteur de ses responsabilités.

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Pape Alexandre VI Cristophano dell’Altissimo Galerie des Offices

En juillet 1494, survint un désastre qui allait changer pour toujours le visage de l’Italie : l’invasion des « Huns » du roi de France Charles VIII, qui partait à la conquête du royaume de Naples.  La même année, Ludovic le More, l’oncle de Caterina, s’était emparé du pouvoir à Milan, en ayant, peut-être, fait empoisonner le jeune demi-frère de Caterina, Gian Galeazzo. Ludovic avait pris le parti du roi de France. Le Pape lui, s’était allié à Naples dont les armées s’étaient avancées jusqu’à Cesena, à douze milles au sud de Forli. Les Français quant à eux s’étaient arrêtés à Bologne à trente milles au nord de Forli.

Forli était placée sous la suzeraineté du Vatican où allaient toutes les sympathies de Caterina et où elle pouvait compter sur l’amitié de plusieurs cardinaux. Difficile en revanche de se faire l’ennemi du roi de France tout puissant. Caterina choisit d’abord la voie médiane d’une difficile neutralité puis, au terme de longs marchandages, elle inclina pour le parti de Naples sous la double condition que les troupes coalisées assureraient sa protection et que son fils, âgé de dix-sept ans, Ottaviano, prendrait rang de général dans ces armées.

Le sort des armes et, en l’occurrence, la victoire rapide de l’armée française au cours des premiers engagements, fit voler en éclats ces accords et l’armée coalisée fut rapidement dans l’impuissance de protéger Forli. La comtesse fut alors placée dans l’obligation de chercher in extremis un accommodement avec les Français, un objectif qu’elle ne réussit que partiellement car les troupes napolitaines, en se retirant, ravagèrent ses territoires.

Les Français entrèrent à Forli le 23 novembre. Caterina obtint pour son mari, dont la roture était encore trop apparente, le titre de baron en France.

Le 27 août 1495, alors que Caterina et Giacomo revenaient d’une partie de chasse, elle-même dans une voiture à l’avant et lui, à l’arrière du convoi, sept habitants d’Imola et de Forli, nobles, prêtres ou paysans, se jetèrent sur Giacomo et le laissèrent mort sur la route, une pique en travers du corps. La comtesse n’avait nullement été inquiétée et ce n’est qu’au moment du cri poussé par la victime, qu’elle ordonna l’arrêt de la voiture et qu’elle expédia ses gens : mais la tragédie était déjà jouée et Caterina se trouvait à nouveau veuve à trente-trois ans.

Tous les assassins étaient des personnes que la victime connaissait. Le mobile de sa mort semble avoir été la jalousie des honneurs répétés monopolisés par Giacomo.

Caterina put craindre un moment à la répétition des évènements survenus huit ans plus tôt et elle se rua avec ses enfants à l’abri de la citadelle. Mais la colère manifeste de la ville lui montra bientôt que les conjurés étaient isolés. Ils furent arrêtés les uns après les autres. Lors de leur procès, ils déclarèrent tous que ce qu’ils avaient fait l’avait été sur ordre exprès du comte Ottaviano et de la comtesse. Le juge commis pour l’instruction du procès ne paraît pas avoir considéré cette explication comme impossible.

Il est probable que Caterina était innocente de cette accusation car il aurait été très simple pour elle, une des très grandes spécialistes, en Italie, des herbes médicinales, d’empoisonner son mari sans que nul ne s’en rende compte. Elle n’aurait pas non plus cherché à dresser un procès public. En revanche, il n’est pas interdit de penser qu’Ottaviano ait directement suscité cet attentat, avec le souci de libérer Forli de l’emprise de cet aventurier.

La vengeance de Caterina fut terrible : elle fit pendre près de quarante personnes, hommes, femmes et enfants, suspectées, à tort ou à raison, de complicité dans la mort de son cher Giacomo.

Un troisième époux pour Caterina: Jean de Médicis

En 1496 arriva à Forli un nouvel ambassadeur de Florence en la personne de Jean de Médicis (1462-1509), petit-fils de Giovanni di Bicci (1360-1429), le fondateur de la banque et de la fortune des Médicis. Il était le neveu de Cosme de Médicis et le cousin au second degré de Laurent le Magnifique. A la différence de Giacomo, c’était un homme riche qui n’avait rien à attendre de la Dame de Forli. Elégant et raffiné, beau et racé, il séduisit la jeune veuve qui lui offrit bientôt sa main, au cours de l’été 1497. Sans doute Caterina voyait-elle poindre, sans pouvoir s’y opposer, les ambitions d’Alexandre VI et recherchait-elle un moyen de consolider ses alliances ? Ce troisième mariage, à l’âge de trente quatre ans, fut, comme le précédent, tenu absolument secret. Mais De cette union des Sforza et des Médicis, naquit, le 6 avril 1498, un fils, Ludovico, prénom du duc de Milan, qui devint, quelques mois plus tard, comme son père, Giovanni, qui mourut le 20 septembre 1498. Ce dernier avait eu le temps d’informer la Seigneurie de Florence, qui, par une décision du 21 juillet 1498, accorda droit de cité à Caterina et ses enfants, nés ou à naître.

Jean de Medicis Il Popolano

Jean de Medicis Il Popolano

Ce Giovanni devait s’illustrer sous le nom de « Giovanni delle bande nere » comme le plus grand condottiere de son temps et le père du futur premier grand-duc de Toscane. Par Giovanni, Caterina Sforza est l’ancêtre de Marie de Médicis et des derniers rois de France Bourbons.

Sebastiano del Piombo Portrait d'un homme en armure Peut-être Jean de Medicis des Bandes Noires Wadsworth Atheneum museum of art Connecticut

Sebastiano del Piombo Portrait d’un homme en armure Peut-être Jean de Medicis des Bandes Noires Wadsworth Atheneum museum of art Connecticut

Grâce à l’appui de Giovanni de Medici, son fils Ottaviano obtint en 1498, de Florence une « condotta » avec le titre de général dans l’armée florentine. Si les suspicions sur la participation d’Ottaviano à l’assassinat de Giacomo Feo étaient fondées, cet éloignement était doublement bénéfique pour Caterina qui pouvait ainsi garder la haute main sur ses comtés tout en tenant à distance son fils.

La vie de Jean de Médicis, le fils de Caterina Sforza est racontée dans l’article de ce Blog: Le dernier des Condottiere: Jean de Médicis “des Bandes Noires”

Caterina Sforza déchue des comtés d’Imola et de Forli par le pape Borgia

En mars 1499, le pape Alexandre VI, prononça la déchéance de la comtesse de Forli et d’un certain nombre de principautés, pour non-respect du paiement à bonne date des redevances dues aux finances vaticanes. Caterina eut beau démontrer que toutes les demandes des papes précédents avaient été satisfaites, cette nouvelle exigence du pape Alexandre VI montra que les temps avaient changé : Caterina Sforza ne faisait plus partie des personnes favorisées par le Pape.

Le Pape Alexandre VI, comme Sixte IV, vingt ans auparavant, avait une famille à couvrir d’honneurs. Et les honneurs de Caterina Sforza venaient aujourd’hui, contrarier l’ascension de Cesare Borgia le second fils d’Alexandre VI.

En juillet de l’année 1499, les Florentins expédièrent à Forli un jeune ambassadeur, très prometteur, en la personne de Niccolo Machiavelli pour renégocier à la baisse la « condotta »[iii] d’Ottaviano (pour la réduire de douze mille à dix mille ducats par an) et solliciter l’expédition de matériels de guerre, dont Forli, sous la direction dynamique de la comtesse, était devenu l’une des grosses entreprises de guerre en Italie avec de nombreux ateliers de production d’armes et de boulets.

Nicolo Machiavel Santi di Tito Palazzo Vecchio Florence 2

Nicolo Machiavel Santi di Tito Palazzo Vecchio Florence

Il exposa astucieusement ses arguments. Mais Caterina lui répondit plus astucieusement encore, en faisant valoir que son fils était réclamé à Milan et que si Florence n’en voulait pas, elle était toute prête à signer avec sa famille à Milan. Finalement, Machiavel requit de nouvelles instructions de la Seigneurie de sorte qu’à son départ de Forli,  il avait cédé sur la plupart des points en négociation avec la terrible comtesse.

A la fin de l’été 1498, Giovanni de Médicis Il Popolano, vivait ses derniers jours à la station thermale de Saint-Pierre-aux-bains près de Padoue. Il mourut le 20 septembre 1499 et Caterina décida de changer le nom de son fils en lui attribuant celui de son père, un prénom mythique dans la famille Médicis. La succession s’annonçait difficile car le frère du défunt, Laurent de Médicis l’ami de Politien (voir l’article La naissance de Vénus sur ce Blog), son plus proche parent, qui détenait beaucoup de biens en commun (participations dans la banque Médicis, un palais à Florence, un autre à Fiesole, les villas de Castello, Cafàggiolo et le Trebbio) en indivision avec son petit-cousin: Caterina, qui avait, par un acte du 14 aôut 1499, rendu public son mariage avec Giovanni de Médicis,  confia la gestion des biens de son fils Jean à François Fortunati, l’homme de confiance des Sforza et Riario, le chanoine de Saint-Laurent à Florence.

Tandis que Caterina passait ses journées à cheval, en cuirasse pour veiller à renforcer les défenses de ses Etats, une épidémie de peste affecta Forli et son fils Ludovic. Ce dernier était fin août à l’article de la mort puis il se rétablit en septembre 1499.

Début novembre 1499, Cesare Borgia apparut près d’Imola avec une armée composée pour l’essentiel de Français: un accord avait été conclus entre Louis XII et Alexandre VI pour l’aider à “reprendre certaines places usurpées par les vicaires de l’Eglise Romaine[iv] et Yves d’Alègre avait été détaché à la tête de 300 lances (1800 cavaliers) et 4000 suisses. A la première sommation, Imola, qui ne disposait pas des mêmes arguments défensifs que Forli, se rendit. Pendant ce temps la comtesse et son fils se dépensèrent sans compter pour organiser la défense de Forli.

Mais la disproportion de forces était trop évidente et Forli était désormais isolée, sans alliés. Dans ces circonstances désespérées, la comtesse décida d’assurer au moins l’avenir de son fils, Ottaviano, en l’expédiant à Florence le 11 décembre.

Le 19 décembre, Cesare Borgia fit son entrée triomphale dans Forli. Il s’installa bruyamment dans le palais comtal et ses nombreux officiers choisirent leurs quartiers de même en délogeant les habitants et en forçant les femmes. La Maison de ville fut dévastée, la salle du Grand Conseil transformée en taverne, de sorte que l’arrivée de l’armée papale fut l’équivalent d’un sac.

Les citoyens commencèrent à penser qu’ils auraient pu éviter tout cela en joignant leurs efforts à leur courageuse comtesse qui s’était retranchée dans la forteresse. Cette dernière fut investie dans la deuxième quinzaine de décembre : les bombardements commencèrent et se poursuivirent pendant trois semaines avec une accalmie au moment de la nouvelle année. Le 10 janvier 1500, les Français de Cesare Borgia reprirent les bombardements et réussirent à ouvrir une brèche exploitable. Cesare retourna déjeuner avec ses officiers et paria qu’avant trois jours, il aurait capturé Caterina Sforza.

Cesare lança ses troupes à l’attaque dans la brèche dégagée par l’artillerie. Mais l’enceinte de la forteresse comprenait un deuxième château, à l’intérieur, de sorte que quand les troupes pénétrèrent par la brèche, elles furent accueillies par un feu roulant qui fit bien quatre cents victimes parmi les assaillants.

Portrait de Jeune homme Altobello  Attribué à Cesare Borgia

Portrait de Jeune homme par Altobello Melone Attribué à Cesare Borgia – Académie des Beaux Arts de Bergame

 

Les défenseurs se replièrent alors dans la tour principale, abandonnant la tour extérieure (qui servait de magasins aux poudres) aux attaquants qui y avaient pénétrés et à laquelle les défenseurs mirent le feu, provoquant, dans la terrible explosion qui suivit, un grand nombre de victimes dans l’armée adverse.

A ce moment-là, Cesare, désireux de mettre un terme à l’hémorragie, demanda à parler à Caterina. Celle-ci se posta à une fenêtre de la tour principale et Cesare conjura la comtesse de déposer les armes. Mais un soldat français qui avait trouvé le moyen de pénétrer dans la tour se glissa près de la comtesse et la fit prisonnière. C’était le 12 janvier 1500.

Caterina fut gardée cette nuit-là dans la citadelle et discuta pendant une heure des termes de sa reddition avec Cesare Borgia et le général français Yves d’Alegre: les termes de la reddition  signés par Yves d’Alègre prévoyaient que Caterina Sforza serait libre mais assignée à résidence à Rome.

Puis Cesare Borgia revint à Rome avec sa prisonnière, qui avait revêtu pour l’occasion une robe de satin noir. Ils entrèrent dans Rome le 26 février 1500 par la même porte del Popolo où Caterina avait pénétré en reine, vingt-trois ans plus tôt.

Catherine Sforza Musei Civici Imola

Catherine Sforza par Gobbi Dario vers 1914 Museo Civico Imola

Les dernières années

Elle fut assignée à résidence, mais  dans un appartement-prison du Belvédère. Environ quatre mois plus tard elle fut accusée d’avoir voulu empoisonner le pape. Ce qui pourrait bien être arrivé compte tenu de la façon dont les Borgia qui devaient tout à la famille de son mari, s’étaient conduits avec elle. Que l’accusation fût vraie ou fausse, Caterina fut confrontée avec ses accusateurs et nia farouchement. Alexandre VI recula devant la perspective de mettre Caterina à la question. Il préféra l’éloigner du Vatican (ce qui donne un peu de réalité à l’idée de la tentative d’empoisonnement) et l’emprisonner au château Saint-Ange le 26 juin 1500.

D’Alègre revint en France puis retourna l’année suivante à Rome où il fut, d’après la chronique, très étonné, d’apprendre que Caterina Sforza avait été, contrairement aux engagements par lui souscrits, emprisonnée. Il fit pression sur Alexandre VI et sur Cesare Borgia, menaçant le Pontife de la libérer à l’arrivée de l’armée française. Caterina Sforza fut libérée le 30 juin 1501. Elle était restée seize mois en prison.

Yves d'Alègre Galerie des portraits du Château de Beauregard

Yves d’Alègre Galerie des portraits du Château de Beauregard

Entre temps, et en raison de son emprisonnement, elle avait perdu la tutelle de son fils Jean de Médicis qui, en raison de la fortune héritée de son père, représentait un enjeu de pouvoir pour son oncle, Laurent (de la branche cadette des Médicis).

Elle quitta définitivement Rome le 27 juillet 1501 pour Florence où l’avaient précédé ses huit enfants, acceptés à résider dans la République en raison du troisième mariage de Caterina avec un ressortissant de la république. Elle n’avait encore que trente-huit ans et vécu en vingt-cinq ans de quoi remplir trois vies ordinaires. Elle se retira d’abord au couvent de Murate[v].

Quelque temps plus tard, en 1503, le pape Alexandre VI mourut et il fut remplacé, après l’intermède d’un mois de Pie III, par le pape Jules II, un della Rovere, cousin de Girolamo Riario. Mais Jules II ne montra aucun empressement à réparer le tort fait à Caterina par son prédécesseur. En 1503, mourut également son beau-frère Laurent, qui laissait un fils de santé précaire et débile léger, Pierre-François Médicis. A sa mort, Giovanni put entrer en possession de ses biens et Caterina put rejoindre la villa Castello, dans le dénuement le plus complet, pour y conduire l’éducation de son fils.

Caterina Sforza mourut  à Florence dans sa quarante-septième année, en 1509.

Caterina sforza est restée célèbre après sa mort, notamment en raison de secrets de beauté qui nous sont parvenus dans un manuscrit [vi] publié en 1893 “Experimenti della Excellentissima Signora Caterina da Forli“, qui comporte environ 500 recettes de médicaments et de secrets de beauté. “Son principal conseiller et fournisseur, était un apothicaire de Forli, Lodovico Alberti, à qui elle restait devoir quand elle mourut, la coquette somme de 587 florins” et pour cause: elle avait perdu toutes ses sources de revenus, en se faisant enlever par Cesare Borgia ses comtés d’Imola et de Forli.

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[i] Cet article est intégralement issu de l’étude sur Caterina Sforza « A decade of Italian Women » par T. Adolphus Trollope Vol 1 London Chapman and Hall – 1859  (pages 49 à 229) Lien google books. Cet ouvrage est de loin le plus érudit, le plus professionnel et le moins polémique qu’il m’ait été donné de lire sur Caterina Sforza au sujet de laquelle certains épisodes de sa vie ont été fortement romancés,  qui ont du reste participé de sa légende.

[ii] La porte del Popolo est une antique porte de Rome qui faisait partie du mur d’Aurélien. Cette porte donne sur la Piazza del Popolo à Rome,

[iii] Certains lecteurs auraient peut être voulu lire le compte rendu de la scène très connue dans laquelle Caterina Sforza aurait répondu aux Orsi du haut des murailles de la forteresse, en relevant sa jupe, que, des enfants, elle avait le moyen d’en faire d’autres ! Le producteur de cette thèse s’appelle Niccolo Machiavelli, le célèbre Florentin. De nombreux auteurs estiment cette thèse impossible à admettre dans le contexte des dames de la Renaissance. Il est certain que cette présentation de Caterina Sforza donne à cette dernière une image de virago, totalement insensible au devenir de ses enfants, ce que rien, dans la suite de sa vie, ne vient corroborer : les exemples sont très nombreux et je me contenterai de citer celui où Caterina expédie ses enfants à Florence pour les protéger tandis qu’elle s’enferme à Forli pour résister à Cesare Borgia.  J’ai donc préféré reproduire la présentation donnée par Adolphus Trollope qui me paraissait beaucoup moins provocatrice et polémique. Les médias se sont emparés de cette image de virago insensible et notamment le cinéma (on peut voir des extraits sur You Tube) et plus récemment, le jeu vidéo Assassins’s Creed.

[iv] Un contrat de « condotta » ou de conduite d’opérations militaires : contrat conclu entre un militaire et un prince ou une principauté, par lequel le condottiere s’engage à réaliser des opérations militaires pour un certain temps pour le compte de son mandant.

[v] Yves d’Alègre Site des  Amis d’Alègre.

[vi] Eglise et Couvent Santissima annunziata delle Murate situés à proximité de l’Hôpital des Innocents au centre de Florence.

[vii] Article Revue PERSEE “Les secrets de beauté de Catherine Sforza” par Emilio Sani, in Il pescatore reggiano, Revue d’histoire de la pharmacie, Année 1955, Volume 43, Numéro 145.

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Rétroliens

  1. […] Le 12 août 1484, Sixte IV meurt. Les Colonna sonnent la révolte contre les Riario et les Orsini, alliés du Pape défunt, dont tous les palais sont pillés. Le palais de Girolamo Riario et de Caterina Sforza à Rome est détruit de fond en comble et les arbres du jardin brûlés. Il y avait en effet une terrible haine des Colonna contre Girolamo, qui, en tant que gouverneur du château Saint-Ange avait torturé jusqu’à la mort le protonotaire Colonna (voir l’article Caterina Sforza). […]

  2. […] Dès lors qu’il s’installe sur le trône pontifical, Alexandre VI rencontre l’hostilité du royaume de Naples qui avait tout misé sur le cardinal della Rovere. Il s’enquiert d’une alliance avec Milan, comme Sixte IV, vingt ans plus tôt, lorsqu’il avait organisé le mariage en son neveu Girolamo Riario et Caterina Sforza, la fille, légitimée, du duc de Milan (voir l’article sur ce Blog  sur Caterina Sforza). […]

  3. […] Dès la fin septembre 1499, l’armée du duc de Valentinois progresse vers la Romagne en passant par Reggio et Modène. Il s’arrête à Bologne chez le tyran local Bentivoglio. Son objectif est Imola, à une quarantaine de kilomètres à l’ouest, appartenant à la comtesse de Forli, Caterina Sforza (voir l’article sur ce Blog sur L’indomptable lionne de Forli). […]

  4. […] Il n’y a aucune preuve officielle dans un sens ni dans l’autre. C’est possible qu’il ait utilisé le poison. Cependant, mon opinion est plus nuancée : on a pu en effet observer que si l’on entre au Château Saint-Ange, il est possible d’en sortir vivant. Ainsi Caterina Sforza, accusée d’avoir voulu empoisonner le Pape quand elle réside au Vatican, dans les six premiers mois de 1500, est enfermée ensuite au château Saint-Ange et en ressortira à mi 1501 sous la pression d’Yves d’Alègre (voir sur ce Blog l’article sur Caterina Sforza). […]

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