Les Médicis : la prise du pouvoir

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Au début du XIIIème siècle, les Médicis ne sont qu’une obscure famille de la campagne Toscane dont le nom viendrait de la profession de médecin de son premier titulaire. Au début du quatorzième siècle, la famille des Médicis, enrichie par le commerce de la laine et de la soie, est l’une des familles importantes de Florence.

Le premier des Médicis, à connaître une certaine popularité, est Sylvestre (1331-1388). C’est un homme de la classe montante et intermédiaire entre le peuple et l’aristocratie, des bourgeois (mezzani). Opposé à la tyrannie des capitaines du parti guelfe au pouvoir, il a préparé la chute du gouvernement de Florence et facilité la révolution populaire des « Ciompi », les ouvriers cardeurs de la cité, en 1378, conduits par Michele Lando. Car Sylvestre en qualité de Gonfalonier de Florence, commande aux forces de la milice: lorsque la foule en haillons veut s’emparer de la Seigneurie, Sylvestre, au lieu de réprimer l’émeute, cède. Il deviendra plus tard le conseiller et le banquier de Michele Lando.  Depuis cette date, les Médicis deviennent les porte-drapeau du parti populaire. Cependant, écoeuré par les excès de cette révolution, les meurtres et exactions diverses commis en son nom et surtout par la capture du pouvoir au seul bénéfice du peuple,  Sylvestre s’est retiré à l’écart de la vie publique pour se consacrer exclusivement à ses affaires.

La famille Médicis, déjà ancienne à cette époque, était renommée  pour son activité commerciale. Elle faisait partie de la puissante corporation de l’Art de la laine. Elle était, par tradition, guelfe (du parti du pape) et attachée au parti populaire. Elle avait donné à la république plusieurs magistrats influents et Evrard de Médicis (mort en 1363) avait été élu Gonfalonier de Florence. Le Gonfalonier était le chef du Gouvernement de Florence et il faisait partie des neufs citoyens élus tous les deux mois pour former le gouvernement de la Seigneurie.  La conduite de Sylvestre, exemplaire  aux yeux du peuple de Florence, pendant la révolution populaire des Ciampi, lui donna plus de lustre encore.

Mais la fortune des Médicis allait venir d’une branche obscure, la moins prospère du clan.

Jean de Médicis jette les bases de la fortune familiale en créant à Rome en 1397, la Banque Médicis et en installant immédiatement après, son siège à Florence. Il diversifie ses activités dans l’acquisition d’ateliers lainiers très prospères, l’industrie dominante de la ville, quoique en déclin depuis 1348[i]. Disposant depuis l’origine, de deux établissements bancaires à Rome et à Florence, il devient bientôt le principal banquier des papes auxquels il commence à prêter des sommes énormes. A la fin de sa vie, trente ans après, Jean de Médicis est devenu le citoyen le plus riche de Florence.

La fortune des Médicis

Jean de Médicis (1360-1429) est originaire de l’une des branches les moins fortunées du clan Médicis. Cousin éloigné de Sylvestre, c’est un banquier de métier.

Il commence sa carrière au sein de la banque créée à Florence par l’un de ses cousins[ii]. En 1383, il est responsable de la succursale de la banque à Rome. Fort d’une expérience d’une dizaine d’années dans le métier, il décide de fonder sa propre banque en s’associant à Benedetto di Lippaccio de Bardi, un membre de l’illustre famille des Bardi, dont la banque avait fait l’objet d’une faillite retentissante en 1345, qui avait ruiné Florence[iii].

L’associé de Giovanni di Bicci l’aide à concevoir un nouveau modèle juridique de banque plus sûr, fondé sur le principe de la division des risques. Désormais toutes les succursales de la banque Médicis seront des filiales juridiquement indépendantes, mais détenues majoritairement par la maison mère à Florence et placées sous le contrôle de membres de familles fidèles aux Médicis.

A sa mort en 1429, Jean cède à son fils Cosme de Médicis, une banque prospère, disposant de trois établissements indépendants sous le contrôle du siège de Florence, à Rome, Naples et Venise et d’un énorme réseau relationnel. Giovanni de Bicci n’a pas hésité à miser sur l’ascension du cardinal Baldassare Cossa (1360-1419) devenu pape en 1410 sous le nom de Jean XXIII,  déclaré antipape et déposé au Concile de Constance en 1414.

Ce pari, très risqué, permet à la banque Médicis, à l’avènement du Pontife, de devenir la banque officielle de la Papauté.

Cosme de Médicis, le fils de Giovanni va devenir l’architecte de la puissance des Médicis en multipliant sa puissance financière, ce qui lui permettra de jouer un rôle politique grâce au clientélisme.

Cosme l'Ancien par Jacopo Pontormo

Cosme l’Ancien par Jacopo Pontormo

Cosme l’Ancien Jacopo Pontormo vers 1520 Huile sur toile  0,86 x 0,65 cm Galleria degli Uffizi, Florence

Pour en savoir plus sur la richesse de Florence, voir l’article sur ce Blog: Aux sources de la richesse de Florence

La Banque Médicis : un outil de conquête du pouvoir politique

Aux trois filiales bancaires implantées à Rome, Venise et Naples, Cosme ajoute celles de Milan, Bruges, Londres, Lyon, Genève et Avignon. A Florence même, « la banque finance et contrôle plusieurs fabriques textiles  de laine et de soieries qui exportent leur production dans toutes les cours d’Europe. Les profits proviennent du négoce international des laines anglaises, des draps italiens et flamands, des tapisseries de Flandres, des soieries d’Italie, mais aussi du commerce des épices et de l’argent, sans parler du maniement des finances pontificales et des prêts aux souverains. En 1464, l’établissement ajoute à ces différents trafics un très juteux monopole sur l’exportation de l’alun pontifical extrait à Tolfa, dans le Latium. Utilisé comme fixateur des teintures pour les étoffes de laine, ce minerai est alors recherché par toute l’industrie textile européenne »[iv].Le fil directeur de son expansion est naturellement celui des principaux clients et fournisseurs de l’industrie florentine de la laine et de la soie.

Très tôt, dans ses relations avec la France, Cosme a misé sur Louis XI,  qui le lui rend bien. Il ordonne en 1464, trois ans après l’avènement du roi de France, de transférer à Lyon sa filiale de Genève, ce qui va provoquer le déplacement des affaires de Genève à Lyon et le déclin de la place de Genève. Cosme a mis à la tête de ses filiales des membres des plus grandes familles de Florence, auxquels il a laissé une large autonomie de gestion et la possibilité d’investir leur propre fortune. En retour, il attend d’eux un soutien politique sans faille à Florence.

La croissance rapide des affaires de la Banque, comporte cependant des faiblesses. Pour contrôler le commerce de la laine à partir de l’Angleterre, elle a dû prêter des sommes énormes au roi d’Angleterre, qui est un mauvais payeur. Les Médicis, dans leur conquête du pouvoir engouffrent des sommes gigantesques et dépensent sans compter dans leurs entreprises de mécénat. Cependant, ce qui est plus grave, à la mort de Cosme, ses successeurs sont moins directement impliqués dans la gestion de leurs affaires qui sont laissées davantage à l’initiative des directeurs de succursales. Avec pour résultats, la liquidation des filiales de Bruges, Londres et Lyon dans les années 1470, victimes de malversations et de mauvaise appréciation des risques. La fermeture de Londres est liée aux énormes prêts aux rois d’Angleterre que ceux-ci, enlisés dans la guerre des deux roses, ne peuvent rembourser. Quant à la fermeture de Bruges, ce sont les prêts pour financer les dernières campagnes de Charles le Téméraire contre les Suisses, suivies de la mort du duc et du rattachement de l’apanage de Bourgogne à la France qui provoquent sa liquidation.

Mort_de Charles le Téméraire à Nancy Charles Houry 1852 Musée lorrain

Mort de Charles le Téméraire à Nancy Charles Houry 1852 Musée lorrain

Dès la mort de Cosme en 1464, la Banque connaît ses premières difficultés de trésorerie au moment où Florence traverse une grave récession économique. Son fils Pierre le Goutteux prend un certain nombre de décisions pour réduire la voilure. Il transfère à Lyon la filiale de Genève, il réduit le crédit à Florence et tente de récupérer les sommes avancées aux rois d’Angleterre. Mais ces derniers refusent de rembourser leurs dettes et menacent de s’en prendre au commerce de la laine avec Florence. A Florence même, les tentatives de mobilisation des créances immobilisées, aggravent la crise traversée par l’industrie textile. Pour couronner le tout, la découverte d’importantes mines d’argent en Allemagne, provoque une forte dévalorisation de l’or, métal sur lequel étaient indexés tous les prêts de la Banque.

Pierre le Goutteux de Medicis Mino da Fiesole Museo dell Bargello Florence

Pierre le Goutteux de Medicis Mino da Fiesole Museo del Bargello Florence

En 1494, année où Pierre II de Médicis est chassé de Florence, le siège de la banque Médicis à Florence, dépose son bilan. Il ne reste que peu de choses de l’empire financier européen bâti par Cosme  qui se trouve réduit, pour l’essentiel, trente ans seulement après la mort de Cosme, aux filiales italiennes non florentines qui vont connaître tour à tour de graves difficultés financières, pour des causes diverses et indépendantes. La banque Médicis parviendra cependant à se reconstruire au siècle suivant, en récupérant une fraction de ses créances,  mais elle ne connaîtra jamais l’extension maximale qu’elle a connu du temps de Cosme.

Mais la famille Médicis a conquis dans l’intervalle une reconnaissance internationale et un statut de Princes régnants en Europe. Son réseau de relations lui permet d’avoir autorité sur toutes les grandes familles de Toscane, enrichies par le commerce et l’industrie, qui, désormais, vont devenir le support des futurs ducs et Grands-ducs de Toscane. Ces derniers disposeront de participations financières dans toutes les grandes affaires de Florence qu’ils vont accompagner de leur poids politique.

La famille Médicis  va donner deux Papes, avec Leon X et Clément VII qui assureront son élévation vers la monarchie.

D’un réseau financier à objectif politique, le centre nerveux du pouvoir des Médicis va se déplacer vers un réseau politique à ramifications financières.

La marche vers le pouvoir politique

Après la révolution des Ciampi en 1378, une oligarchie composée des familles Albizzi, Strozzi, Quaratesi et Uzzano a tenu le pouvoir politique à Florence après 1382 avec une opposition sourde mais constante du parti populaire et des Médicis. C’est l’époque des affrontements militaires avec Milan du duc Philippe Visconti.

A la mort de Jean de Bicci en 1429, Cosme l’ancien, qui a les mêmes qualités de prudence que son père, mais qui a davantage de charisme et une plus grande habileté, feint de ne s’occuper que des affaires et de se désintéresser de la politique.

Niccolo da Uzzano, l’homme le plus influent de l’oligarchie au pouvoir, avait résisté jusqu’à sa mort aux ambitions des Albizzi et notamment du plus déterminé d’entre eux, Rinaldo, et il avait prêché en faveur du statu quo estimant qu’un affrontement direct avec les Médicis ferait plus de mal que de bien. A sa mort, en 1433 et aussitôt la paix signée avec Milan, Rinaldo de Albizzi devient l’homme le plus influent de son clan.

Rinaldo craint les Médicis, forts du soutien de la plèbe et de celui du parti populaire de Puccio Pucci dont on sait qu’il travaille en sous-main pour les Médicis. Il voit monter leur influence, sans parvenir à la contrôler ni à l’endiguer.

Voyant qu’un certain Bernardo Guadani pouvait devenir Gonfalonier de Florence, il paie ses dettes pour lui permettre de se présenter et le convainc facilement que la seule manière de sauver Florence (d’après Machiavel) était de perdre les Médicis que la faveur excessive du parti populaire et leur richesse insolente, rendait maîtres de la république.

Guadani, déjà acheté par Rinaldo, cède. Le septième jour de sa magistrature, soit le 7 septembre 1433, Cosme est cité à comparaître devant le Gonfalonier. Ses amis conjurent Cosme de ne pas se rendre à la convocation mais il fait valoir qu’il est innocent et qu’il ne craint rien de la république. C’est un véritable coup d’état que prépare Rinaldo. Il fait sortir tout son parti et, suivi d’un grand nombre d’hommes armés, se rend sur la place de la Seigneurie où  il suscite une « balie » de deux cents hommes pour réformer le gouvernement. Apprenant l’emprisonnement de Cosme, toute la ville se remue, les uns pour lui et les autres contre lui et tous débattent de la peine capitale proposée par le Gonfalonier.

De son côté, Cosme, qui observe les évènements depuis une fenêtre de la Tour du Palais de la Seigneurie, comprend que la tournure des évènements ne lui est pas favorable. Il apprend alors que le Gonfalonier a été acheté. Aussitôt, il expédie un billet à ordre de mille ducats (une somme bien supérieure au montant payé par Rinaldo)  à Guadani. Celui-ci radouci, décide alors de commuer la peine de mort en peine d’exil.

Cosme de Medicis à la manière d'Agnolo Bronzino Galerie des Offices

Cosme de Medicis à la manière d’Agnolo Bronzino Galerie des Offices

La mise en scène de sa décision est soignée et Cosme est exilé de Florence pour dix ans. Les membres de la famille Médicis sont exclus de toutes les charges publiques pour vingt ans. Mais contre toute attente et malgré les appels à la clémence reçus de Venise et de Ferrare, Cosme est retenu en prison. En fait, d’après Cosme lui-même, les Albizzi espéraient que le fait de le tenir écarté des affaires conduirait sa banque à la faillite. Il faudra que Cosme débourse 1800 florins supplémentaires pour obtenir sa libération, le 3 octobre 1433 (il dira plus tard qu’il aurait accepté d’en débourser 10 000).

Mais le parti des Albizzi, ayant déclaré la guerre aux Médicis, ne prend aucune mesure pour conforter sa victoire.

Un an plus tard a lieu une nouvelle élection de gonfalonier qui permet d’élire un ami des Médicis, Nicolo di Cocco et, avec lui, huit membres de la Seigneurie, tous favorables aux Médicis. Cosme, depuis son exil à Venise, n’est pas resté inactif. Constatant que l’ennemi est dans la place, Rinaldo veut réagir et il propose de convoquer une balie pour démettre le Gonfalonier élu. Pala Strozzi, qui tergiverse, fait échouer le projet.

Lorsqu’il entre en fonction, le nouveau Gonfalonier fait condamner à la prison le précédent Gonfalonier comme coupable de malversation sur les deniers publics: facile, il détient les preuves flagrantes qui lui ont été obligeamment remises par Cosme. Puis, le 26 septembre 1434, tout Florence apprend que le Palais s’arme et appelle aux armes la milice des quatre quartiers de la ville. Le Gonfalonier quant à lui, cite à comparaître, Rinaldo, Perruzzi et Barbadoro.

Rinaldo court alors s’armer et, soutenu par son parti, les différentes familles de l’oligarchie et une grande partie des Bardi, des Barbadoro, des Guasconi et des Arigucci, se rend sur la place San Pulinari où ils se retrouvent environ six cents. Pala Strozzi et Jean Guicciardini restent chez eux. Tandis que le parti des Albizzi commence à se lézarder, la Seigneurie fait entrer dans Florence plus de trois mille partisans armés des Médicis.

Le Pape Eugène IV, chassé de Rome se trouvait alors à Florence. Il vient trouver Rinaldo et le convainc qu’il répondra de tout : il fait désarmer ses partisans qui arrivent au Palais sans armes. Le Palais avait promis au Pontife de désarmer mais il n’en a rien fait.

Pape Eugène IV Cristofano dell'Altissimo Galerie des Offices

Pape Eugène IV Cristofano dell’Altissimo Galerie des Offices

Le 29 septembre 1434, la Seigneurie sonne un Parlement et obtient une balie qui se prononce à l’unanimité pour le retour des Médicis, de tous ceux de son parti, ainsi que des Alberti. Le 2 octobre, Rinaldo et son fils et 31 citoyens de Florence dont les Perruzzio et Barbadoro sont exilés à leur tour de Florence pour huit ans. Ils n’y reviendront jamais.

Alors Cosme revient à Florence dans un parcours triomphal. Et les proscriptions suivent. Terribles.   Toutes les grandes familles de l’oligarchie sont concernées. Cosme fait le vide autour de lui pour être certain qu’il n’aura plus jamais d’opposition.

Ainsi se termine un coup d’état engagé par les Albizzi et si bien préparé depuis Venise par Cosme qui va s’évertuer, toute sa vie, à consolider son emprise sur Florence.

Il va progressivement placer des hommes à lui dans tous les postes clés de la ville et organiser par balies successives le renouvellement des charges et la prolongation de l’exil des proscrits Seul un parti lui résiste, celui de Neri Capponi.

La mort de ce dernier en 1455, permet aux fidèles de Cosme de se désunir et de prétendre reprendre leur liberté. Cosme, plutôt que d’opter pour la dictature, fait comme si de rien n’était et il prend le parti de démontrer à ses anciens amis qu’ils se sont privés eux-mêmes du pouvoir.

Ces derniers ne comprennent tout d’abord pas pourquoi ils sont rejetés par le peuple : leurs maisons jadis encombrées de dons et de visiteurs, sont désormais désertes, tandis que Cosme, tout puissant, pratique une politique ouvertement démagogique pour mieux tenir le peuple .

Pendant trente ans, jusqu’à sa mort,Cosme reste l’unique inspirateur de la république florentine et il s’attire les louanges de l’Italie entière en se faisant l’arbitre et le conseil dans tous les conflits de la péninsule. Il prépare activement le changement de statut de la famille Médicis.

La Mort de Cosme en 1464, laisse la place à son fils, Pierre le Goutteux qui va contrôler le gouvernement de Florence pendant cinq ans, poursuivant, pour l’essentiel la politique de son père mais de façon plus distante.  Il poursuit l’asservissement de la République Florentine dont les grands magistrats se comportent de plus en plus comme des courtisans.

En 1469, Laurent de Médicis succède à son père Pierre.

Il se montre habile et retors dans ses premiers actes. Il avait été bien formé par Cosme. Il cherche à écarter tous les opposants potentiels  Parmi les principaux à rencontrer sa route, il y a la famille Pazzi.

La conjuration des Pazzi

Les Pazzi sont depuis quatre cents ans une famille importante de l’aristocratie de Florence, de tradition gibeline (partisans de l’empereur) et opposés aux Médicis, roturiers guelfes (partisans du Pape) et nouveaux riches.  Au départ, au retour de Cosme de Venise, ils sont alliés des Médicis. Mais une opportunité se présente de tenir les finances vaticanes à la place de la banque Médicis. Rapidement, les relations se tendent avec les Médicis car les Pazzi n’acceptent pas la mainmise de Cosme sur toutes les affaires. Les Médicis prennent alors soin d’écarter les Pazzi de toutes les fonctions publiques de la république. Laurent maintient à leur égard un constant harcèlement. Cependant une nouvelle affaire vient faire déborder la coupe, déjà pleine.

La femme de Jean Pazzi avait un père particulièrement riche qui, en mourant, sans héritiers, devait donc léguer sa fortune à sa fille. Laurent de Médicis fit alors, en 1477, voter une loi qui avait pour effet de donner un droit de primogéniture masculine aux personnes apparentées sur les filles du défunt.

Cette nouvelle insulte fut l’un des éléments déclencheurs de la conjuration des Pazzi.

Francesco Pazzi, qui avait en horreur la Florence des Médicis, vivait à Rome où il  fréquentait régulièrement le comte Girolamo Riario, neveu de Sixte IV et seigneur d’Immola. Ce dernier était l’époux de Caterina Sforza, la fille adultérine du duc de Milan, Ludovic le More. Ils convinrent ensemble de renverser les Médicis à Florence et de les assassiner. Ils acquirent d’abord à leur idée Francesco Salviati, qui venait d’être désigné archevêque de Pise par le Pape et qui débordait de haine à l’égard de Laurent, qui s’était systématiquement opposé à l’élévation de ce dernier à l’archevêché de Florence à cause de sa proximité avec les Pazzi.

Salviati juge que pour mener à bien ce projet, il est indispensable d’obtenir l’accord du vieux Jacob Pazzi, le patriarche de cette maison. Francesco Pazzi se rend donc à Florence. Mais contre toute attente, Jacob Pazzi s’étonne et résiste.

De leur côté, Salviati et Riario rencontrent à Rome, le condottiere respecté de tous, Jean-Baptiste de Montesecco. Il est convenu d’expédier ce dernier à Florence pour y voir Laurent de Médicis puis Jacob Pazzi. Avant de partir, Montesecco a une entrevue avec Sixte IV qui lui dit qu’il ne veut pas mort d’homme mais qu’il veut être débarrassé des deux Médicis (Laurent et Julien) de la tête de l’Etat florentin, soit deux objectifs a priori contradictoires.

Arrivé à Florence, Montesecco est très étonné de l’accueil chaleureux de Laurent. Mais il exécute sa mission et il convainc Jacob Pazzi d’adhérer au projet.

De retour à Rome, les conjurés décident que les troupes du Pape en Romagne devront être mises à la disposition des Pazzi pour conforter la conspiration. Le roi de Naples promet alors tout son appui. Et François Pazzi recrute nombre de mécontents qui adhèrent avec enthousiasme.

Les conjurés projettent de ramener à Florence le cardinal Riario, petit-neveu du pape, alors à Pise, pour camoufler leur dessein.  Arrivé à Florence, le jeune cardinal est reçu par Jacob Pazzi dans sa maison de campagne. Les détails du projet sont arrêtés : il s’agit de réunir absolument avec le cardinal, les deux frères Médicis, afin qu’ils soient tués ensemble.

Les Pazzi s’arrangent pour que le cardinal soit invité par les Médicis dans une de leurs maisons à Fiesole. Mais Julien, malade s’est abstenu et Laurent vient seul, accompagné de son fils. Le projet est ajourné.

Les Pazzi arrangent alors un autre dîner pour le dimanche 26 avril 1478 à Florence chez Laurent auquel il est certain que Julien participera. Mais, au dernier moment, le dimanche matin, les conjurés apprennent que Julien, indisposé par un accident de chasse, ne doit pas participer à ce dîner. Le temps presse car les détails de cette conjuration commencent à être connus de beaucoup de monde et il est à craindre que des bruits ne commencent à circuler.

Dans l’urgence, on improvise. Il est décidé de tuer les deux frères au Dôme, le matin même car ils seront réunis par la présence du cardinal. Il est convenu de confier l’assassinat de Laurent à Jean Baptiste Montesecco et celui de Julien à Francesco Pazzi et Bernardo di Bandino Baroncelli. Mais Montesecco se récuse arguant qu’il ne saurait tuer de sang froid dans une église. Les conjurés choisissent de le remplacer dans l’urgence par Antonio di Volterra et par le prêtre Stephano, deux hommes, par nature, peu préparés à une telle action.

Giuliano de Medicis Sandro Botticelli GemaldeGalerie Berlin

Giuliano de Medicis Sandro Botticelli GemaldeGalerie Berlin

Il est prévu de commettre l’attentat au moment de la messe. Au même moment, les conjurés doivent prendre le contrôle de la Seigneurie. L’office commence et Laurent est déjà à sa place que Julien n’a toujours pas paru. Dans l’urgence, François Pazzi et son compère Bernardo décident d’aller le chercher dans sa maison. Ils le trouvent enfin et le ramènent à l’église en badinant gaiement.  Dissimulés au milieu de la foule qui avait rempli l’église, les conjurés parviennent à se placer très près des deux frères Médicis.

Au moment où le prêtre va entamer la célébration de la communion, Bernardo Bandini se jette sur Julien avec une arme courte et le traverse de part en part. Julien se relève puis tombe. François Pazzi se jette alors sur lui et le frappe de plusieurs coups avec tant de rage qu’il se blesse gravement à la jambe.

Pendant ce temps, Antonio et Stephano se sont précipités sur Laurent. Antonio, en se jetant sur Laurent, aurait crié « Traître » ce qui aurait averti ce dernier. Plusieurs coups désordonnés sont portés par les deux acolytes sans l’atteindre, à l’exception d’une légère blessure à la gorge. Laurent saisit une arme pour se défendre, secondé par ses proches. Les deux conjurés prennent alors la fuite, épouvantés de leur tentative manquée, suscitant une énorme panique dans la foule compacte qui se bouscule violemment pour sortir de l’église.

 Bernardo, après avoir tué Julien, se rue à la poursuite de Laurent qui réussit à se barricader, avec ses proches, dans la sacristie.

Laurent de Medicis Georgio Vasari Galerie des Offices

Laurent de Medicis Georgio Vasari Galerie des Offices

Pendant ce temps, l’archevêque Salviati et Jacques Poggio se sont rendus au Palais où la Seigneurie achève son dîner. A l’annonce de la présence de l’archevêque qui prétend venir de la part du pape, le Gonfalonier sort précipitamment de table pour l’accueillir.

Mais Salviati a un ton emprunté : il est mal à l’aise et son discours est coupé et embarrassé, son visage est altéré, ce qui inspire immédiatement des soupçons au magistrat qui sort alors de la salle, s’empare de Poggio qu’il remet à ses sergents et ordonne de faire serrer les chaînes de la porte du palais. Puis il fait sonner la cloche d’alarme au marteau.

Les gens de la Seigneurie courent s’armer et débusquent les conjurés qui sont immédiatement et un par un, passés par les armes ou pendus aux fenêtres.

François Pazzi, gravement blessé à la jambe, par ses propres coups, a perdu beaucoup de sang. Il essaie de se mettre à cheval mais il n’y parvient pas. Il demande alors au vieux Jacob Pazzi de se rendre à sa place en ville, accompagné de cent hommes armés et d’appeler le peuple à se révolter contre les Médicis.

Mais le peuple, soit qu’il soit dévoué aux Médicis soit qu’il soit  trop abasourdi pour réagir, ne bouge pas. Et Jacob Pazzi se retrouve devant la Seigneurie où sont retranchés les défenseurs qui l’accablent de leurs menaces. Ebranlé, voyant que le coup est raté, Laurent toujours vivant et le peuple acquis aux Médicis, le vieux Pazzi décide de sortir de Florence avec ses troupes.

Aux cris de « Medici, Medici » toute la population en armes force les maisons appartenant aux Pazzi pour en tuer tous leurs occupants. François Pazzi est arraché nu de son lit et conduit au Palais où il est promptement pendu aux côtés de l’archevêque. Tous les Pazzi qui avaient réussi à fuir sont repérés, arrêtés, ramenés en ville et pendus sur le champ y compris le malheureux Jacob Pazzi qui est capturé dans la campagne toscane. La tête tranchée de Jean Baptiste Montesecco vint orner pendant plusieurs jours les fenêtres du Palais. Bernardo Bandini se réfugia à Constantinople. Mais il fut livré par le sultan à Laurent qui le fit pendre à son arrivée.

Le roi de France Louis XI, appela Laurent, « mon cousin » et le complimenta d’avoir échappé à la mort. Les autres princes de la chrétienté firent de même, adoubant ainsi le Médicis comme l’un des leurs.

Au moment même où la Banque Médicis commençait à faire faillite, la dynastie des Médicis accédait au statut de princes régnants, sans en avoir encore, aucun titre officiel [v].

 

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[i] La grande peste noire provoqua une diminution de 70% de la population de Florence. Après 1348, l’activité de la laine, base de l’opulence florentine, ne revint jamais à son niveau de 1300.

[ii] Article « Histoire des Banques et sociétés financières fondées ou gérées par des catholiques jusqu’à la fin du XIXème siècle ». Il existe un article des Echos qui reprend des larges extraits de ce document mais sans citer aucune source.

[iii] Cette faillite retentissante était venue s’ajouter à celle des Peruzzi, survenue six ans plus tôt, causant à Florence une perte globale de un million trois cent mille florins soit l’équivalent de la totalité de l’émission monétaire de la ville pour un an. Ces faillites avaient provoqué en chaîne de très nombreuses faillites de la part de sociétés de moindre importance, de particuliers ou de banques florentines. A l’origine de ces difficultés,  les Bardi avaient, « comme les Peruzzi, prêté leur argent et celui d’autrui au roi Edouard d’Angleterre et à celui de Sicile. Les Bardi se trouvèrent ainsi être créanciers du roi d’Angleterre en capital, intérêts et dons promis par lui, pour neuf cent mille florins d’or,  qu’à cause de sa guerre avec le roi de France, il ne pouvait  payer » Extrait Traduit de l’italien d’après la Cronica di Giovanni Villani (XII. 54), dans Rerum italicarum Scriptores, éd. L. A. Muratori, t. XIII, col. 934-935 Article lien.

[iv] Article déjà cité.

[v] Les détails de cet article sont inspirés de deux ouvrages sur l’histoire de Florence: “Histoire de la république de Florence” Hortense Allart Paris Delloye 1843 et “Florence et ses vicissitudes 1215-1790” par M.Delécluze Paris 1887.

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