Orithyé, et Antiopé, les reines amazones

Boccace De mulieribus claris Traduction Laurent de Premierfait Illustrations Robinet Testard  Français 599, fol. 18v, Orithye et Antiopè Hérophilè lisant BNF

Boccace De mulieribus claris Traduction Laurent de Premierfait Illustrations Robinet Testard Français 599, fol. 18v, Orithye et Antiopè
Hérophilè lisant BNF

Il s’agit des dix-huitième et dix-neuvième portrait de la galerie des cent-six Cleres et nobles femmes de Boccace, qui aborde ici une nouvelle fois, le mythe des reines Amazones[i] avec les deux soeurs Orithye et Antiopé, et celui des sybilles avec Hérophilé. .

Voici ce que  raconte Justin sur Orithye et Antiopé, d’après Trogue Pompée dans son abrégé des Histoires philippiques: ” la fille de la reine Marpesia, Orithye, lui succéda, et joignit à ses talents militaires l’honneur d’une vertu toujours conservée sans tache. Ses exploits couvrirent de tant de gloire le nom des Amazones, qu’Eurysthée ordonna à Hercule, en lui imposant ses douze travaux, de lui apporter les armes de leur reine, qu’il croyait invincible.

“Hercule conduit avec lui, sur neuf vaisseaux, l’élite des guerriers de la Grèce, et débarque à l’improviste. Orithye et sa soeur Antiope étaient alors reines des Amazones ; mais la première faisait la guerre au dehors. Aussi, à l’arrivée d’Hercule, la reine Antiope, qui d’ailleurs ne craignait aucune attaque, n’avait près d’elle qu’une escorte peu nombreuse. Dans la surprise de cette irruption soudaine, à peine quelques-unes de ces guerrières purent-elles prendre leurs armes : la victoire fut facile. La plupart des Amazones furent tuées ou prises.

“Deux soeurs d’Antiope, Hippolyte et Ménalippe, tombèrent, l’une aux mains de Thésée, l’autre au pouvoir d’Hercule : le premier épousa sa captive, dont il eut un fils qui porta le même nom ; le second rendit Ménalippe à sa soeur, reçut pour rançon l’armure de la reine, et retourna vers son frère, dont il avait accompli les ordres.

“À la nouvelle de ce désastre, Orithye excite ses compagnes contre le roi d’Athènes, ravisseur d’Hippolyte : en vain auront-elles conquis le Pont et subjugué l’Asie, s’il leur faut subir l’outrage de ces pirates de la Grèce. Elle demande des secours à Sagillus, roi de Scythie ; elle lui rappelle que les Amazones sont filles des Scythes ; privées de leurs époux, elles ont été forcées de soutenir par les armes la justice de leur cause, et elles ont montré que chez les Scythes les femmes ne le cèdent point aux hommes en valeur.

“Touché de la gloire de sa nation, Sagillus envoie à leur secours son fils Panasagore, avec une nombreuse cavalerie ; mais, avant le combat, la discorde éclate entre les deux peuples, et, abandonnée de ses alliés, Orithye est battue par les Athéniens : cependant ses troupes trouvèrent un asile dans le camp des Scythes, et sous cette sauvegarde, traversant l’Asie sans obstacle, elles rentrèrent dans leur empire“.

“Quant à Hérophilè, Pausanias évoque son histoire dans les termes suivants[ii]; “on voit près de là une roche qui s’élève au-dessus de la terre ; les Delphiens assurent qu’Hérophile surnommée la Sibylle, se tenait sur cette roche pour chanter ses oracles.

“La première qui ait porté ce nom de Sibylle et qui me paraît remonter à la plus haute antiquité, est celle que les Grecs disent fille de Jupiter et de Lamie, fille de Neptune; elle est, suivant eux, la première femme qui ait prononcé des oracles, et ils ajoutent que ce fut des Libyens qu’elle reçut le nom de Sibylle. Hérophile est d’une époque plus récente que celle-là; il paraît néanmoins qu’elle florissait avant le siège de Troie, car elle annonça dans ses oracles qu’Hélène naîtrait et serait élevée à Sparte pour le malheur de l’Asie et de l’Europe, et que Troie serait à cause d’elle prise par les Grecs.

“Les Déliens rappellent un hymne de cette femme sur Apollon; elle se donne dans ses vers non seulement le nom d’Hérophile, mais encore celui de Diane ; elle se dit dans un endroit l’épouse légitime d’Apollon, dans un autre sa sœur et ensuite sa fille ; elle débite tout cela comme furieuse et possédée du dieu.  Elle prétend dans un autre endroit de ses oracles, qu’elle est née d’une mère immortelle, l’une des nymphes du mont Ida, et d’un père mortel. Voici ses expressions : Je suis née d’une race moitié mortelle, moitié divine ; ma mère est immortelle, mon père vivait d’aliments grossiers. Par ma mère je suis originaire du mont Ida, ma patrie est la rouge Marpesse consacrée à la mère des dieux, et arrosée par le fleuve Aïdonéus.  Il y avait encore de mon temps sur le mont Ida dans la Troade, les ruines d’une ville nommée Marpesse, au milieu desquelles vivaient environ soixante habitants ; tout le sol des environs est rougeâtre et tellement aride que le fleuve Aïdonéus entre sous terre et reparaît de nouveau ; cela lui arrive plusieurs fois jusqu’à ce qu’il disparaisse entièrement, ce qui vient, et je crois, de ce que le sol du mont Ida est dans cet endroit très léger et rempli de crevasses. Marpesse est à environ deux cent quarante stades d’Alexandrie dans la Troade ;  les habitants de cette Alexandrie disent qu’Hérophile était chargée du soin du temple d’Apollon Sminthéus, et qu’elle prédit à Hécube d’après un songe que cette dernière avait eu, ce qui arriva dans la suite.

“Cette Sibylle passa la plus grande partie de sa vie à Samos; elle alla ensuite à Claros dans le pays des Colophoniens, à Délos et à Delphes. Arrivée dans ce dernier endroit, elle se tenait sur cette roche, d’où elle rendait ses oracles ; elle finit ses jours dans la Troade, où elle a son tombeau dans le bois sacré d’Apollon Sminthéus, et on y lit sur un cippe l’inscription suivante en vers élégiaques : Je suis cette Sibylle interprète véridique de Phébus, je suis réduite en poussière sous cette pierre, jadis vierge éloquente, maintenant muette à jamais, la parque inflexible m’enchaîne ici ; cependant par la faveur du dieu que j’ai jadis servi, je suis dans le voisinage des nymphes et de Mercure.

“Il y a effectivement vers son tombeau un Mercure en marbre de forme carrée, et à sa gauche, de l’eau qui se rend dans une fontaine, et des statues de nymphes. Les Érythréens qui sont de tous les Grecs ceux qui revendiquent Hérophile avec le plus de chaleur, montrent sur le mont Corycus une grotte où ils disent qu’elle est née ; elle était suivant eux, fille de Théodore, berger du pays, et d’une nymphe; le surnom d’Idéa qu’on donnait à cette nymphe ne vient pas d’autre chose que de ce qu’on appelait alors Ida tous les endroits touffus; les Érythréens retranchent de ses prédictions le vers où il est question de Marpesse et du fleuve Aïdonéus”.

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[i] JUSTIN, Abrégé des Histoires philippiques de Trogue Pompée, Livre II.

[ii] Pausanias Description de la Grèce Livre X Phocide Chapitre XII.

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