Pierre de Rohan Maréchal de Gié

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Pierre de Rohan[i] est un cadet de famille de la branche des Rohan-Guéménée. Par sa mère, Marie de Montauban, il ést le petit-fils de l’amiral de Montauban, ami et serviteur de Louis XI. R de Maulde La Clavière en dresse un portrait saisissant : « Très brave soldat dans sa jeunesse, il fut un capitaine prudent et solide sur le champ de bataille. Il était surtout un homme de conseil, un politique, un diplomate : actif, patient, froid, jaloux de ne rien laisser au hasard, toujours enclin aux voies diplomatiques plutôt qu’aux procédés violents, totalement étranger à l’esprit de chevalerie très en vogue à son époque, le maréchal de Gié apportait son tempérament de conseiller et de diplomate, son esprit méthodique et un perpétuel souci du lendemain.Il aimait pour sa patrie des résultats concrets et pour lui-même, des résultats palpables : il n’a jamais manqué une occasion de s’enrichir. Louis XI qui ne croyait pas aux hommes et qui ne leur connaissait qu’un mobile, l’intérêt, disait qu’il fallait remplir le jeune maréchal de Gié, car c’était un grant avaricieux qui amoit l’argent ».

Le Favori de Louis XI

Pierre de Gié est apparenté à deux feudataires importants qui vont jouer un certain rôle dans sa vie : le sire Alain d’Albret, fils de Catherine de Rohan de la branche aînée des Rohan  (la sœur de Jean II Vicomte de Rohan) et le comte d’Angoulême, fils de Marguerite de Rohan, sœur cadette de la précédente. Pierre de Gié est le cadet de la branche cadette des Rohan Guéménée et donc le cousin au 4ème ou 5ème degré des précédentes.

Par sa mère, Marie de Montauban, petite fille de Bonne Visconti, cousine germaine d’Isabeau de Bavière, reine de France et cousine au 2ème degré de Valentine Visconti, le Maréchal de Gié est apparenté à la famille des Orléans et donc à Louis XI, puis à Louis XII. Son père est le fils de Catherine Du Guesclin : il est donc un des descendants du grand connétable. Il est le cousin germain de l’Amiral de Graville. Sa famille était alliée aux Amboise dont l’un des plus éminents représentants, George d’Amboise, va jouer un certain rôle dans sa vie. Toute sa vie, Pierre de Rohan s’est appuyé sur ces relations familiales pour faire évoluer sa carrière.

Pierre de Rohan Gravure

Pierre de Rohan Gravure

Pierre de Rohan, seigneur de Gié, maréchal de France en 1475 (1453-1513) Michel Odieuvre, éditeur. Album Louis-Philippe Pinssio Sébastiano (1721-actif en 1755) graveur français, Robert Jean (18e siècle) graveur français, actif 2e moitié du 18e siècle Crédit photographique (C) Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / image château de Versailles eau-forte H 0.207 m L 0.152 m N° d’inventaire LP7.60.2Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon

Pierre de Gié est né en 1451 ou en 1453 à Montiercrolles en Mayenne. Son père meurt en 1457, empoisonné par sa mère, Marie de Montauban, qui avait été déshéritée par son époux.   Les trois enfants, Louis II de Guéménée, Pierre et Hélène sont recueillis par le vicomte de Rohan au château de Blain mais ils sont réclamés également par le tuteur testamentaire, le sire de Pont-l’abbé qui compte marier son fils avec la jeune Hélène.

Le duc de Bretagne fait venir à la Cour de Bretagne les trois enfants. Pierre y vit jusqu’à l’âge de neuf ans. Jean de Montauban, son grand-père, nommé Amiral par Louis XI conduit alors une ambassade auprès du Duc de Bretagne auquel il réclame son petit-fils qu’il ramène à la cour du roi Louis XI. Il mourut en 1466 alors que Pierre de Gié allait sur ses quinze ans.

Louis XI qui cherche à s’attacher des seigneurs bretons entreprend de faire la fortune du jeune sire de Gié. Admis à coucher dans la chambre du roi, Pierre de Rohan est à dix-neuf ans conseiller du roi, chambellan et Capitaine de Blois. En 1473, Pierre de Gié fait ses premières armes au siège de Lectoure et à celui de Perpignan où l’on admire sa bouillante ardeur.

En avril 1474, le roi l’adjoint à Imbert de Batarnay, Sire du Bouchage, pour écraser une révolte de la ville de Bourges. Pierre de Rohan est fait chevalier de l’Ordre de Saint-Michel. En 1475, Pierre de Gié est promu capitaine d’une compagnie de quarante lances (environ deux cent quarante hommes). Envoyé Ambassadeur en Bretagne par Louis XI pour sceller la paix entre les deux pays, Pierre de Rohan jette son dévolu sur une riche héritière, Françoise de Penhoët. Le duc de Bretagne ne pouvait rien refuser à celui qui lui amenait la paix : il fait célébrer le mariage au château de Nantes. L’année de son mariage, Pierre de Rohan, âgé de vingt-cinq ans, reçoit le bâton de Maréchal de France que le roi a repris au vieux maréchal Rouault.

Il règle alors avec son frère Louis l’héritage paternel et il obtient les biens situés hors de Bretagne. Le roi lui abandonne une fraction des biens du Connétable de Saint-Pol, décapité en 1475, pour trahison et il détache du domaine royal le château et le Vicomté de Vire en Normandie pour les lui donner, donation à laquelle le Parlement oppose une vive résistance. En 1477, le Maréchal reçoit de nouvelles seigneuries. Capitaine d’Angers et titulaire de huit mille livres de pension par an, il prend le pied d’un grand seigneur. Il achète le Château du Verger en Anjou, province qui rejoint la Couronne de France en 1480 à la mort du roi René, duc d’Anjou et Comte de Provence. Il rend au roi le Vicomté de Vire et il obtient en échange une partie des domaines personnels du feu roi de Sicile, tous ses biens meubles et toutes ses tapisseries.

En 1480, en service auprès du roi à Chinon, ce dernier est frappé d’apoplexie et perd connaissance : pendant douze jours, ses quatre conseillers (Pierre de Gié, Louis et Charles d’Amboise et le Sire du Lude, expédient les affaires courantes. Plus en faveur que jamais à la suite de cette crise, Pierre de Gié assiste aux dernières recommandations du roi Louis XI à son fils.

Membre du Conseil de Régence de Charles VIII

PierredeRohanMaldeFranceEnluminure

Pierre de Rohan Coll de Gaignieres

Membre dès le premier jour du Conseil de Régence, il assiste peu aux séances et il ménage ouvertement les princes, dont le duc d’Orléans, futur roi Louis XII. Il entretient une correspondance secrète avec ce dernier, ce dont Anne de Beaujeu vient à être informée et dont elle se montre froissée. Elle le fait savoir au Maréchal qui, dès lors, rentre dans le rang et se consacre exclusivement à son service. Ses qualités de diplomate font merveille et il obtient en 1484 la signature d’un traité avantageux avec la Bretagne. Le duc d’Orléans et les princes français ayant tenté de se soulever, Gié et son cousin, l’Amiral de Graville s’efforcent de désarmer pacifiquement les autres princes et de signer des arrangements avec les plus notables d’entre eux.

Pierre de Rohan, seigneur de Gié, en maréchal (tapisserie du château du Verger) Album “Recueil de costumes de Gaignières » Anonyme Crédit photographique (C) BnF, Dist. RMN-Grand Palais / image BnF N° d’inventaire RESERVE OA-15-FOL Folio110 Paris, Bibliothèque nationale de France (BnF)

En juin 1486, Maximilien d’Autriche envahit la France, sans déclaration de guerre, avec une armée de trente mille hommes dont la moitié de Suisses. Gié rafle quelques forces et fonçe sur le nord pour défendre les villes attaquées. Il prend soin de ne pas chercher l’affrontement tout en renforçant les garnisons des villes en fonction des marches de l’adversaire et en harcelant les lignes ennemies à la tête d’un millier de lances (cinq mille hommes d’arme) d’élite. Maximilien constate alors que les provinces ne se soulèvent pas à son arrivée. Faute de villes prises et de pillages, il ne peut pas payer son armée: il décida de repasser la frontière.

Le Maréchal va trouver début janvier le duc d’Orléans, sur instruction d’Anne de Beaujeu avec ordre de le ramener à Amboise. La réception est courtoise et le duc s’engage à se trouver le lendemain à Blois. Il s’y rend en effet le lendemain et il traverse la ville comme pour se rendre à Montrichart, d’où il part brusquement à flanc étrier pour rejoindre la Bretagne en laissant un courrier à Gié lui recommandant Dunois.

La régente réagit avec vivacité. L’armée royale part de Tours le 9 février, réduit au silence le Comte d’Angoulême, puis investit Blaye qui capitule deux jours plus tard. Le 9 mars l’armée entre à Bordeaux puis remonte vers le nord vers Niort et Parthenay qui se rendent au premier coup de canon. Louis de La Trémouille prend le commandement de l’armée qui remonte vers la Bretagne tandis que le Maréchal de Gié retourne au Nord où le Maréchal des Querdes doit affronter des forces allemandes placées sous le commandement du comte de Nassau et du duc de Gueldres.

Ces derniers ont formé une colonne de trois mille cavaliers et hommes d’armes pour surprendre la ville de Béthune. Les maréchaux, ramassant cinq cents hommes leur tendent une embuscade près des marais où la cavalerie est impuissante à se déployer. Les français chargent avec impétuosité les lignes ennemies qu’ils culbutent faisant un carnage extraordinaire. Les deux maréchaux se partagent les riches rançons des captifs. Cet épisode a des conséquences politiques importantes en ruinant l’espoir d’être secourue, de l’armée bretonne assiégée dans Nantes par les forces royales.

La première guerre d’Italie de Charles VIII

En 1489, Anne de Beaujeu commence à se retirer des affaires, avec la majorité de Charles VIII. Tous les anciens conseillers sont remerciés, dont l’Amiral de Graville. Mais la faveur de Pierre de Gié se poursuit : il devient Lieutenant Général de Guyenne en juin, Lieutenant Général d’Anjou, du Maine et des Marches de Bretagne en octobre. Revenu au Conseil du Roi avec Graville il ne peut pas résister au parti de la guerre qui cherche à engager sa première guerre d’Italie. Il décide d’accompagner Charles VIII, sans commandement particulier mais avec la ferme intention de peser sur l’ensemble des décisions en amenant sa grande expérience.

Pour ouvrir la route de Rome vers Naples, il s’entremet auprès du Pape Alexandre VI qu’il séduit et avec lequel il conservera des rapports très privilégiés. Il joue un rôle secondaire dans la conquête de Naples et on ne le voit pas non plus dans les exactions qui s’ensuivent. En revanche il est très en pointe dans les donations du roi. Arrivée le 22 février 1495 à Naples, l’armée française qui est bien accueillie à son arrivée est bientôt exécrée de la population en raison de mille exactions. Elle en repart trois mois plus tard. Entre temps s’était formée le 31 mars la Ligue de Venise, une coalition regroupant outre Venise, le duché de Milan, la Papauté, le Saint Empire et l’Aragon. Les effectifs de l’armée fondent en chemin comme neige au soleil car il fallait laisser des petits contingents dans toutes les places qu’on avait prises de sorte qu’en arrivant au pied de la chaîne des Apennins septentrionaux, au nord de la de Pistoia, il ne reste que 9000 hommes alors que la Ligue de Venise, qui venait d’être constituée a expédié une armée de trente-cinq mille hommes qu’elle envoie à marche forcée via Ferrare et Bologne à la rencontre de la petite armée française. La stupeur est immense dans toute l’armée de constater dans quelle disproportion de forces le combat doit s’engager par suite de l’imprudence des décisions prises. Le duc d’Orléans, arrivé tardivement en Italie, a raflé des troupes françaises destinées au renforcement de l’armée royale et il a commis l’étourderie   de se laisser enfermer dans Novare, avec un  contingent de sept à huit mille hommes, par les troupes de Ludovic le More, le duc de Milan, au lieu d’essayer de faire sa jonction avec les troupes royales. Le duc d’Orléans mène ainsi sa guerre privée contre le duc de Milan, l’allié de Charles VIII, qui, à la suite de cette vilaine affaire a pris le parti de la coalition, rompant avec une cinquantaine d’années d’alliance continue avec la France.

Pour ne pas se laisser acculer derrière la barrière des Apennins, se voir interdire la route de France et livrer bataille dans une position trop défavorable, Gié qui se porte à la tête de l’avant-garde, forte d’un millier d’hommes environ, avec Jean-Jacques Trivulce, un condottiere qui s’était placé au service de la France, est expédié à la rencontre des coalisés et franchit le col de Pontremoli.

Recueil de Costumes de la Collection de Gaignières

Statue en pierre à l’entrée du château du Verger – Pierre de Rohan, Seigneur de  Gié, maréchal de France Album “Recueil de costumes de Gaignières” N° d’inventaire RESERVE OA-15-FOL Folio96 Fonds Dessins Crédit photographique (C) BnF, Dist. RMN-Grand Palais / image BnF Paris, Bibliothèque nationale de France (BnF)

L’armée coalisée, sûre de sa force et certaine de l’emporter,  amorce un mouvement tournant visant à bloquer l’avancée vers le nord de l’armée française. Voyant qu’elle s’était décidée à franchir l’Apennin, les coalisés se décident à l’intercepter près de Fornoue à 50 km au nord, en direction de Parme. Au prix de mille difficultés l’armée de Charles VIII réussit à passer la montagne à son tour, puis, s’étant regroupée elle part à la rencontre des coalisés.

L’armée française avec en fer de lance les deux mille chevaliers du roi, engage furieusement le combat et se bat à un contre trois. Mais en chargeant les coalisés, l’armée s’est coupée de ses bagages, qui sont pillés. Charles VIII a perdu le fruit de toutes ses rapines en Italie. A la fin de la journée, l’armée française est à peine écornée mais les coalisés ont perdu de 3 à 4000 morts : ils décident de se replier. Les plus belliqueux des Français souhaitent les poursuivre, notamment le maréchal de Rieux. Gié s’oppose de toutes ses forces à ce dessein en faisant valoir la nécessité d’exploiter politiquement cette victoire en négociant. L’Evêque de Saint Malo (Briçonnet) est désigné avec Gié. Mais les deux hommes n’étant d’accord sur rien, ne peuvent aboutir à rien. L’armée arrive enfin à Asti où elle peut se reconstituer des forces qu’on avait émiettées un peu partout et de nouveaux renforts arrivent, de sorte qu’elle a à nouveau 30 000 hommes à la fin de l’été.

Mais Gié craint la mauvaise saison et il appuie la proposition du Prince d’Orange d’entrer en pourparlers avec les Vénitiens. Prioritairement, il faut dégager le Duc d’Orléans de la ville de Novare. Il va lui-même chercher le duc en laissant son propre neveu en otage et la négociation peut s’engager. Pendant que Gié fait patienter les ambassadeurs, le Conseil du roi se déchire à cause de Novare dont la restitution a fait l’objet d’une réclamation sine qua non de Ludovic le More, le duc d’Orléans s’y opposant farouchement. Finalement, Charles VIII autorise le maréchal à signer la Paix de Verceil en sacrifiant Novare.

Raymond Montvoisin Copie d'un tableau du Chateau de Beauregard pour le Château de Versailles

Raymond Montvoisin Marechal de Gié

Pierre de Rohan, seigneur de Gié, maréchal de France en 1475 (1453-1513) par  Monvoisin Raymond-Quinsac (1794-1870) Crédit photographique (C) RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot N° d’inventaire MV965 Fonds Peintures vers 1835 huile sur toile H 2.790 m L 2.060 m Versailles, Musée National des châteaux de Versailles et de Trianon.

Louis d’Orléans, qui devait devenir roi trois ans plus tard, ne pardonna jamais aux négociateurs de la paix, d’avoir abandonné Novare. Mais le maréchal de Gié qui en avait été le principal artisan, sut conserver la sympathie et l’amitié du futur Louis XII.

A la mort du comte d’Angoulême en 1496, le maréchal, parent éloigné de la mère du comte, en état de sénilité, décide, de concert avec Louis d’Orléans, de se faire l’exécuteur testamentaire de Charles d’Angoulême. Le duc d’Orléans réclame la tutelle mais il rencontre alors l’opposition inattendue de la comtesse, Louise de Savoie, qui fait valoir le droit coutumier d’Angoumois. Finalement un habile compromis permet de donner raison aux deux partis.

Le second des conseillers du roi Louis XII

La propriété du Maréchal de Gié près d'Angers

Château du Verger  près d’Angers

L’avènement de Louis XII permet au Maréchal de Gié et à Georges d’Amboise de se rapprocher un peu plus du trône. Tandis que l’Archevêque de Rouen prend la présidence du procès en annulation du mariage de Louis XII avec Jeanne de France, fille de Louis XI, le Maréchal soutient activement la procédure de divorce en négociant avec Alexandre VI et son fils Cesare Borgia. Il assiste au mariage du roi avec Anne de Bretagne à Nantes et la première visite du couple royal est pour lui, au château du Verger[ii]. Désormais les récompenses, titres et domaines, pleuvent sur Pierre de Gié qui conduit la restauration et le réaménagement de son château du Verger. Il accompagne le roi dans sa conquête de Milan et en rapporte de nouveaux domaines, qu’instruit par le sort changeant des armes en Italie, il s’efforce de revendre immédiatement ou d’échanger contre des seigneuries françaises.

Le Chateau du Verger en 1630 par Pierre Videil d’après une gravure de I Saisseau [iii]

Il se voit bientôt confier par le roi, affaire qui sera de grande conséquence sur sa vie, la garde de la jeune comtesse d’Angoulême, Louise de Savoie, et de ses enfants à Amboise. Le départ du Cardinal Georges d’Amboise pour Rome en 1503, pour y briguer la tiare par suite de la mort d’Alexandre VI, laisse le champ libre au Maréchal de Gié qui se trouve alors  le principal ministre de Louis XII. La mort de Jacques d’Armagnac en 1503, laisse deux filles héritières d’un très riche patrimoine sur lequel le Maréchal obtient de la munificence royale, de mettre la main, en épousant l’aînée qui lui apporte en dot le duché de Nemours et en mariant la cadette à son propre fils.

Le tout nouveau duc de Nemours souhaite alors procéder à une réforme complète des processus de recrutement de l’armée royale, reprenant à son compte une observation de Nicolas Machiavel selon laquelle la faiblesse de l’armée française tenait à l’emploi de mercenaires. Il offret au roi de lever vingt mille arbalétriers, archers ou piquiers d’élite, et il démontre qu’ils ne coûteraient pas plus cher à équiper que deux cents lances (1000 hommes d’armes). Il propose de dresser la carte des fiefs du royaume en imputant à chaque fief la constitution de son propre contingent militaire.

Cette profonde réforme militaire, très en avance sur son temps, ne peut être menée à bien car le Cardinal d’Amboise revient de Rome, déçu dans ses ambitions. Il est froissé de constater la part importante prise par le Maréchal pendant son absence, aux affaires de l’Etat et il n’a de cesse de vouloir la limiter. Il prend position de façon systématique contre les propositions de Gié.

La mort des deux filles d’Armagnac réveille la querelle des nombreux héritiers de la succession d’Armagnac de sorte que le Maréchal se trouve engagé dans plusieurs procès simultanés pendant deux ans qui viennent limiter sa capacité d’action.

Georges d’Amboise part alors pour l’Allemagne et en janvier 1504, le roi tombe brusquement malade à Lyon et il est déclaré condamné par ses médecins. Gié redevenu seul à s’occuper des affaires d’Etat, connaît un dernier état de grâce jusqu’au rétablissement imprévu de la santé de Louis XII.

Mais le Cardinal d’Amboise, allié à Anne de Bretagne et à Louise de Savoie a décidé de ruiner son rival. Pendant la maladie du roi, Anne de Bretagne, évaluant que ce dernier en était à sa dernière extrémité, juge que le moment est venu pour elle, de rapatrier en Bretagne tous ses meubles et sa fille Claude de France. Mais le Maréchal fait saisir les barges de la Reine à Amboise. Cette dernière, furieuse, a consulté Amboise qui a suggéré qu’il y avait peut-être là crime de Lèse-Majesté. On s’appuya sur Louise de Savoie qui se plaignait également du Maréchal et qui engagea l’affaire sur des bases assez minces.

La chute 

Un de ses serviteurs, Pierre de Pontbriand, rencontre le roi et lui fait part des critiques contre le Maréchal. Le roi balaye les critiques mais s’en remet à son ministre d’Amboise, lequel ne peut que constater l’absence de preuves concrètes du dossier. Mais la reine obtient du roi qu’une commission d’enquête serait constituée et l’on nomme deux juges qui ne ramenent que peu de choses. On utilise alors une juridiction spéciale, le Grand Conseil qui, depuis la mort du roi Louis XI avait été détachée du Conseil du Roi, pour instruire l’affaire. Le Maréchal refuse de se rendre aux convocations du Grand Conseil.

Le grand Conseil se livre à la plus large des investigations couvrant ses quarante-deux années de carrière, sans trouver grand-chose à lui reprocher. Gié est entendu entre le  15 et le 23 octobre 1504 par le Grand Conseil et doit répondre à plus de cent questions. Il se défend énergiquement en accusant Louise de Savoie d’avoir engagé l’affaire par rancune. Les serviteurs du Maréchal, reçoivent une ordonnance de non-lieu mais ils dressent contre Louise de Savoie un réquisitoire en règle.

Le 14  mars 1505, des lettres patentes royales dessaisissent le Grand Conseil de l’affaire qui est transportée à Toulouse, réputé le Parlement le plus strict de France et qui juge d’après le droit écrit. Après onze mois d’instruction, le Parlement de Toulouse rend un arrêt en demie teinte : le Maréchal est absous du crime de lèse-Majesté mais l’arrêt  prive Pierre de Rohan de la garde du Comte d’Angoulême, de ses commandements militaires et il est suspendu pendant cinq ans de son office de Maréchal et exilé de la Cour. Le Maréchal fait appel de cette sentence d’éloignement mais Louis XII, poussé par sa femme, abandonne le Maréchal à Georges d’Amboise qui se hâte de notifier l’arrêt avec un grand luxe de mise en scène. Le Maréchal de Gié se retire alors sur ses terres au château du Verger près d’Angers.

Il meurt à Paris le 22 avril 1513, à l’âge de soixante-deux ans, à l’hôtel des Tournelles qui lui avait été donné en jouissance par Louis XII.

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[i] Cette note est toute entière issue de la préface du livre de R de Maulde  la Clavière – Procédures politiques du règne de Louis XII Paris Imprimerie Nationale 1885.

[ii] Le château du  Verger se situe en Maine-et-Loire, à Seiches-sur-le-Loir, à 19 km au nord-est d’Angers.

[iii] Gravure proposée par le site . Ce site détaille ce qu’il est advenu du château du Verger, un des plus beaux de France, depuis sa restauration par le Maréchal de Gié.

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