Un incunable de la BNF: l’Ovide moralisé

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Il s’agit d’un livre umprimé en 1493 par le grand Anthoine Vérard (voir l’article sur ce Blog sur Anthoine Vérard) sur les métamorphoses d’Ovide moralisé.

Les métamorphoses d’Ovide est un long poème épique de douze mille vers, qui met en scène l’histoire légendaire des dieux et des hommes depuis l’origine des Dieux jusqu’à Auguste, en mettant en scène plus de deux cent cinquante fables ou mythes, arrangés les uns après les autres, dans un style volontiers allusif et suggestif.

L’Ovide Moralisé

L’ovide moralisé est une adaptation sous forme de 72 000 vers octosyllabiques des Métamorphoses d’Ovide, dédiée à Jeanne de Bourgogne, reine de France et femme de Philippe V le Long (v. 1291–1330), et moralisée, c’est-à-dire que le texte a été revu pour lui donner un sens allégorique chrétien.

 L’objectif de l’auteur médiéval est “d’accomplir” sa matière. Pour Marylène Possamaï, “il n’existe qu’un seul moyen de  parfaire le texte, c’est de révéler la vérité que cache la fable antique, la seule vérité, la vérité chrétienne“. Elle poursuit “tout se passe comme si l’auteur avait voulu compléter son modèle, comme s’il avait voulu refaire les Métamorphoses. Mais comme son intention est de dévoiler à tous, dans la langue de tous, les profondeurs philosophiques et mystiques de la fable, il doit à ses lecteurs un texte clair, désarmé de ses épines et de ses énigmes“.

 Le traducteur du moyen-âge disposait d’une version glosée du manuscrit, le terme “glose”  désignant probablement les annotations ajoutées dans les marges de ce manuscrit.

 Outre le désir de compléter le manuscrit original par la “glose“, le traducteur roman ajoute parfois des légendes complètement nouvelles par rapport à l’oeuvre initiale d’Ovide, comme la version de Philomela de Chrétien de Troyes. L’auteur se livre pafois à une véritable “contamination des sources” , par exemple pour évoquer l’amour d’Achille pour Polyxène, absent de la”Guerre de Troie”  et très probablement emprunté au  “Roman de Troie“.

Ailleurs, l’auteur fait de larges emprunts à Stace: quand Ovide ne consacre qu’une quinzaine de vers à la guerre des sept contre Thèbes, c’est pas moins de 401 vers, qui sont consacrés à ce récit par notre auteur.

Ainsi donc, “le manuscrit des Métamorphoses utilisé par l’anonyme du XIVe siècle contenait de nombreuses gloses mythographiques, mais il avait consulté aussi d’autres œuvres d’Ovide, les Héroïdes ou les Fastes, et peut- être les poèmes de Virgile, ceux de Catulle, voire de Lucrèce. Il avait sans doute aussi lu personnellement Servius, Hygin, Fulgence, ou les Mythographes du Vatican, peut-être aussi le franciscain John Ridevall et son “Fulgentius Metaforali“.

L’auteur dresse un « état des légendes antiques » si complet qu’il deviendra une référence dans ce domaine mythologique pour les auteurs qui suivront : “c’est par lui que Guillaume de Machaut, Froissart, Chaucer, connaîtront ces légendes, plus que par Ovide lui-même. C’est l’Ovide moralisé, et non Les Métamorphoses, qui leur servira d’hypotexte“.

Les Gloses ajoutées à la fable permettent d’informer le lecteur et lui faire comprendre les subtilités d’un texte d’Ovide,  allusif, suggestif  et mystérieux pour un lecteur du moyen-âge. Le passage sur Didon qui ne contient aucune métamorphose et qui ne figure chez Ovide que dans quatre vers seulement, emprunte aux Héroïdes d’Ovide et au Roman d’Enée, la matière d’une complainte de 140 vers que lui consacre l’auteur.

Enfin, « gloser » le texte des Métamorphoses, “c’est pour l’auteur,  le rendre acceptable pour des lecteurs chrétiens, en « soulevant le voile »  de la fable pour faire apparaître la vérité chrétienne. Mais les Pères de l’Église ne reconnaissent cette possibilité de lecture allégorique spirituelle qu’aux textes de l’Écriture sainte. Pour pouvoir adapter ces sens intelligibles à un texte profane et qui plus est à celui des Métamorphoses, avec ses histoires invraisemblables, parfois grotesques ou scandaleuses, l’interprète de l’Ovide moralisé doit d’abord « purifier » le sens littéral “.

Le moraliste commence donc par « nettoyer » ces fables en leur donnant un sens acceptable, pour la raison et pour la morale. Une fois appliqué ce sens littéral acceptable, le texte devient digne de recevoir une interprétation spirituelle.

La Bible des poëtes, Métamorphose [d'Ovide moralisée par Thomas Walleys et traduite par Colard Mansion] Ovide (0043 av. J.-C.-0017)  A. Vérard ((Paris) 1493 Folio 100

La Bible des poëtes, Métamorphose [d’Ovide moralisée par Thomas Walleys et traduite par Colard Mansion] Ovide (0043 av. J.-C.-0017) A. Vérard ((Paris) 1493 Folio 100

S’il éprouve le besoin de « mieux acomplir [sa] matière en ajoutant au texte antique des gloses et des légendes qui ne contiennent par forcément d’histoire de métamorphose, en contaminant plusieurs sources distinctes, c’est qu’il sait qu’il en a besoin pour la « moralisation » qui va suivre. Si par ailleurs l’Ovide moralisé présente souvent les légendes avec plus de sérieux, plus de dramatisation et de tragique qu’Ovide lui-même, c’est parce que tout dans la Création est à prendre au sérieux, parce que tout est signe de la Vérité divine. Simplement, il faut « nettoyer » la surface, lever les voiles qui couvrent cette Vérité, et il faut des esprits avertis comme celui de notre auteur pour donner « la bonne glose », la bonne explication de ces légendes“.

 

 

La Bible des poëtes, Métamorphose [d'Ovide moralisée par Thomas Walleys et traduite par Colard Mansion] Ovide (0043 av. J.-C.-0017)  A. Vérard ((Paris) 1493 Folio 74

La Bible des poëtes, Métamorphose [d’Ovide moralisée par Thomas Walleys et traduite par Colard Mansion] Ovide (0043 av. J.-C.-0017) A. Vérard ((Paris) 1493 Folio 74

 

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[i] Article L’Ovide moralisé, ou la « bonne glose » des Métamorphoses d’Ovide” par Marylène POSSAMAÏ, Cahiers de linguistique hispanique médiévale ,   Année   2008, Volume   31, Numero 31, pp. 181-206.

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